‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 223 sur 438 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

à un autre : le respect d’autrefois était bien loin.... Alors je m’engageai chez les Saxons : là, pensais-je, ma fortune ne pouvait manquer de croître.

LE MARÉCHAL DES LOGIS

Eh! vous êtes arrivé là bien à point pour le butin de Bohême.

PREMIER CHASSEUR

Ça alla mal pour moi. Nous étions tenus à une sévère discipline, on ne nous laissait pas agir en vrais ennemis, il fallait garder les châteaux de l’empereur, faire mille façons, mille compliments; nous menions la guerre, comme si c’était pure plaisanterie; nos cœurs n’étaient qu’à moitié à la chose, nous ne voulions nous brouiller sans retour avec personne : bref, il y avait là peu d’honneur à gagner, et, de dépit, je n’aurais pas tardé à retourner à mon bureau, si, dans ce temps-là même, Friedland n’eùt fait recruter sur toutes les routes.

LE MARÉCHAL DES LOGIS

Et combien de temps comptez-vous durer ici?

Allez, plaisantez! Tant que ce sera lui qui commandera, par mon âme! je ne penserai pas à déserter. Où le soldat peut-il acheter une vie meilleure?... Ici, tout va selon la coutume de la guerre, tout est taillé en grand, et l’esprit qui anime tout le corps, emporte, comme un souffle puissant, jusqu’au dernier cavalier. Ici je marche d’un pas assuré, et puis passer hardiment par-dessus le bourgeois , comme mon général sur la tête des princes. C’est comme dans les temps anciens, où le sabre encore avait toute puissance. Il n’y a ici qu’une faute et qu’un crime : contredire indiscrètement un ordre. Tout ce qui n’est pas défendu est permis. Personne ne vous demande quelle est votre croyance. Il n’existe en somme que deux sortes de choses ; ce qui est de l’armée et ce qui n’en est pas, et je n’ai de devoirs qu’envers le drapeau.

LE MARÉCHAL DES LOGIS

Maintenant vous me plaiseas chasseur. Vous parlez en cavalier de Friedland.

PREMIER CHASSEUR

Celui-là n’exerce pas le commandement comme une fonction,

LE CAMP DE WALLENSTEIN

comme un pouvoir qui vient de l’empereur. Ce n’est pas le service de l’empereur qui lui importe. Quel gain a-t-il procuré à l’empereur? Qu’a-t-il fait, avec sa grande puissance, pour la protection et la défense du pays ? 11 a voulu fonder un empire de soldats, embraser et incendier le monde, prétendre à tout faire et tout oser....

LE TROMPETTE

Silence! Qui peut risquer un tel langage?

PREMIER CHA.SSEUR.

Ce que je pense, j’ai le droit de le dire. La parole est libre, dit le général.

LE MARÉCHAL DES LOGIS

C’est son mot, je l’ai entendu plus d’une fois, j’y étais ; « La parole est libre, l’action est muette, l’obéissance aveugle; • ce sont là textuellement scs paroles.

PREMIER CHASSEUR

Si ce sont tout juste ses paroles, je l’ignore; mais la chose est comme il le dit.

SECOND CHASSEUR

Jamais, pour lui, la fortune des armes ne tourne, comme cela se voit chez les autres généraux. Tilly a survécu à sa gloire; mais, sous la bannière de Friedland, je suis assuré de vaincre. 11 ensorcelle la fortune, il faut qu’elle lui soit fidèle. Qui combat sous ses enseignes, se trouve sous une protection toute particulière, car tout le monde ne sait-il pas que Friedland a un diable de l’enfer à sa solde? ,

LE MARÉCHAL DES LOGIS

Oui, pour invulnérable, il l’est sans aucun doute; car, à la sanglante affaire de Lützen, il allait et venait, de sang-froid, sur son cheval, sous le feu, sous les foudres. Son chapeau fut troué par les balles, elles traversèrent ses bottés, son pourpoint , on en voyait distinctement les traces , mais pas une n’a pu lui entamer la peau, parce que l’onguent infernal le préservait.

PREMIER CHASSEUR

Quel miracle nous contez-vous là? 11 porte une cuirasse de peau d’élan que les balles ne peuvent percer.

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