ACTE I, SCÈNE IV
Orfan , et ne connaît de la vaste terre que les baies où elle risque de furtifs débarquements. De tous les trésors que la terre cache au fond de ses vallées, oh! rien.... rien encore ne nous est apparu dans nos courses sauvages.
ocTAVio devient attentif.
Et c’est ce voyage qui te les a révélés ?
MAX
C’était le premier loisir de ma vie. Dis-moi, quel est le but et le prix de ces pénibles travaux qui m’ont dérobé ma jeunesse , qui ont laissé mon cœur vide, et sans jouissance mon esprit, que nulle culture n’a encore paré ? Car le bruyant tumulte de ce camp , le hennissement des chevaux , l’éclat delà trompette, les heures monotones du service, l’exercice militaire, la parole de commandement.... tout cela ne donne rien au cœur, au cœur altéré. Il manque une âme à ce vain métier.... Il est un autre bonheur et d’autres joies.
OCTAVIO
Tu as beaucoup appris dans ce court voyage , mon lils.
MAX
Oh! quel beau jour , quand enfin le soldat rentre dans la vie, dans l’humanité, quand les drapeaux se déploient pour le joyeux retour, et qu’on entend battre une douce marche de paix qui ramène au foyer ; quand tous les chapeaux , tous les casques se parent d’un vert feuillage , dernier larcin fait aux campagnes! Les portes des villes s’ouvrent d’elles-mêmes , il n’est plus besoin que la mine les fasse sauter ; les remparts se couvrent , tout autour , d’hommes pacifiques , qui lancent dans les airs leurs acclamations.... De toutes les tours retentit la voix sonore des cloches, qui annoncent le joyeux soir d’un jour sanglant. Des villages et des villes s’élance en foule un peuple ivre d’allégresse, qui cordialement empressé, importun, retarde la marche de l’armée.... .\lors , heureux d’avoir encore vu ce jour , le vieillard secoue les mains de son fils qui revient, et lui, il rentre comme un hôte étranger , dans son domaine depuis si longtemps abandonné. L’arbre , à son retour, le couvre de ses branches touffues, l’arbre qui, au départ, pliait comme un jonc , et elle s’approche de lui , avec la pudeur d’une jeune fille , celle qu’il avait laissée jadis au sein de sa nourrice. Oh! heureux ce-
LES PICCOLOMIXI.
lui qui voit alors une porte s’ouvrir pour le recevoir, de tendres bras pour l’enlacer doucement!
OUESTENBERG , ému.
Oli! faut-il que vous parliez d’un temps si lointain, si lointain encore , et non do demain , non d’aujourd’hui !
MAX , se tournant virement vers lui.
Et à qui donc la faute , si ce n’est à vous , à Vienne ? Je vous l’avouerai franchement , Questenberg. Quand tout à l’heure je vous vis là devant moi, l’indignation me serra le cœur.... C’est vous qui empêchez la paix , vous! 11 faut que ce soit le guerrier qui l’obtienne de force. Vous rendez la vie amère au duc, vous gênez toutes ses démarches, vous le noircissez.... Pourquoi'? Parce qu’il tient plus au bonheur de l’Europe entière qu’à quelques arpents de plus ou de moins que possédera l’Autriche.... Vous le traitez de rebelle , et. Dieu sait! de pis encore , parce qu’il épargne les Saxons , qu’il cherche à faire naître la confiance chez l’ennemi , ce qui est , après tout , le seul moyen d’arriver à la paix; car, si la guerre ne cesse durant la guerre même, d’où peut venir la paix?... Allez, allez! autant j’aime le bien , autant je vous hais.... et je le jure ici, je répandrai pour lui, pour ce Wallenstein, mon sang, le dernier sang démon cœur, goutte à goutte , avant de vous laisser vous applaudir de sa chute. ( Il sort. )