‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 258 sur 438 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

qu’elle réclame, et, en outre, de la force d’accomplir, à la lettre, le vccu de sa nature, de conquérir à son talent de souverain une place de souverain.

QUESTENBERG.

Ainsi donc, à la lin , c’est de sa magnanimité qu’il dépend de fixer partout désormais les limites de notre pouvoir.

MAX

L’homme extraordinaire veut une confiance extraordinaire. Donnez-lui l’espace, il se posera lui-même son but.

QÜESTEffBERG.

Son but, les faits nous le montrent.

MAX

Oui , voilà comme vous ôtes. Tout ce qui a quelque profondeur vous épouvante aussitôt. Vous ne vous sentez bien nulle part que là où tout est bien plat.

ocTAvio, à Queslenberg.

Rendez-vous de bonne grâce, mon ami. Avec lui, vous ne finirez pas.

MAX

Ils invoquent le génie dans le be.soin, et frissonnent dès qu’il se montre. Il faut que l’extraordinaire, le sublime même, se fasse de la même manière que le vulgaire et le quotidien. En campagne, le moment presse et commande.... 11 faut dominer de sa personne , voir de ses propres yeux. Le général a besoin de toutes les grandeurs de la nature ; qu’on lui permette donc aussi de ne suivre que les grandes lois de la nature. Ce qu’il doit consulter , c’est f oracle , l’oracle vivant qui est au dedans de lui.... et non des livres morts, de vieilles ordonnances, des papiers poudreux.

OCTAVIO

Mon fils , permets-nous de ne pas dédaigner les vieilles et étroites ordonnances. Ce sont de précieux , d’inestimables freins par lesquels l’homme opprimé a contenu la volonté impétueuse de ses oppresseurs, car toujours l’arbitraire fut redoutable.... La route de l’ordre, quand elle pas.serait par des sinuosités, n’est point un détour. I.a ligne droite est la voie terrible de la foudre, du boulet de canon.... Ils atteignent rapidement le but, par le chemin le plus court, et c’est par la destruction qu’ils

LES l'ICCOLOMINl.

se font passage pour détruire. .Mon fils , la route que l’homme se fraye, route prospère et bénie, suit le cours des fleuves , les libres détours des vallées ; elle tourne le champ de blé , le coteau de vignes, respectant les limites mesurées des héritages.... et de la sorte elle mène au but , plus tard , mais sûrement.

OUESTENBERG.

üh ! écoutez votre père.... écoutez-le , lui qui est un héros et en même temps un homme !

OCTAVIO

b’enfant des camps parle par ta bouche , mon fils. C'est une guerre de quinze ans qui a élevé ta jeunesse.... 'l’u n'as jamais VU la paix. Il y a encore un mérite supérieur , mon fils, au mérite guerrier ; dans la guerre même , la guerre n’est point le but. Ce ne sont pas les grandes et promptes actions de la force , les étonnantes merveilles du moment , qui enfantent le bonheur ni rien de ce qui dure paisiblement et puissamment. Le soldat construit à la hâte et soudain sa légère ville de toile , il y règne un bruit, un mouvement éphémère; le marché s'anime, les routes , les fleuves se couvrent de denrées , le commerce et l’industrie s’agitent ; mais, un matin, on voit tout à coup tomber les tentes , 1a horde pousse plus loin , et la terre , le champ de blé , foulé et ravagé, restent là, morls comme un cimetière, et c'en est fait de la moisson de l’année.

MAX

Oh! que l’empereur fasse la paix, mon père! Je donnerai avec joie le laurier sanglant pour la première violette que nous apportera le printemps, comme un gage odorant de la terre rajeunie.

OCTAVIO

Que se passe-t-il en toi? Quelle est cette émotion soudaine?

MAX

Je n’ai jamais vu la paix?... Je l’ai vue, sage père, je viens de son séjour, aujourd’hui même.... Ma route m’a conduit par des pays où la guerre n’a point pénétré.... Oh! la vie, mon pèn;, a des charmes que nous n’avons jamais connus.... Nous avon.s seulement côtoyé la rive déserte de cette belle vie, comme une troupe errante de pirates qui , entassée sur son vaisseau étroit et fétide, se déchaîne, avec des mœurs incultes, sur l’inculte

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