SCÈNE II
WAI.LENSTEIN, LA DUCHESSE
WALLENSTEIN
Eh bien ! duchesse, vous avez touché Vienne, vous vous êtes présentée à la reine de Hongrie?
Et à l’impératrice aussi. Nous avons été admises au baisemain chez les deux majestés.
WALLENSTEIN
Que disait-on de me voir appeler au camp, dans cette saison d’hiver, ma femme et ma fille?
LA DUCHESSE
l’ai suivi vos instructions, et allégué que vous aviez pris un
LES PICCOLOMI.NI.
parti au sujet de notre enfant, et que vous vouliez montrer encore la liaiiCL^e à son futur époux, avant l’ouverture de la cain- [lagne.
WALLENSTEIN
Soupçonnait-on le choix que j’avais fait?
LA DUCHESSE
On désirait fort que ce choix ne fût pas tombé sur un étranger ni sur un luthérien.
WALLENSTEIN
Kt vous, Élisabeth, que désirez-vous ?
LA DUCHESSE
Votre volonté, vous le savez, a toujours été la mienne.
WALLENSTEIN, après une pause.
Eh bien.... Et du reste, comment vous a-t-on accueillies à la cour? {La Duchesse baisse les yeux cl se tait.) Ne me cachez rien... Uu’en a-t-il été ?
LA DUCHESSE
Üh! mon époux.... Tout n’est plus comme autrefois.... Il est arrivé un changement.
WALLENSTEIN
Comment? .\-t-ou manqué aux égards d’autrefois?
LA DUCHESSE
.Vux égards, non. L’accueil a été digne et plein de convenance.... Mais îi la place de l’afTabilité aimable et conliante, je n’ai trouvé que solennelles formalités. Hélas! et les méiiagemeiiLs délicats que Ton témoignait tenaient plus de la pitié que de la faveur. Non, ce n’est pas ainsi.... pas précisément ainsi qu’on aurait dû recevoir la princesse épouse du duc .\lbert, la noble tille du comte Harrach.
WALLENSTEIN
On a blAiné sans doute ma conduite récente?
LA DUCHESSE
Oh ! que ne Ta-t-on fait?... Je suis depuis longtemps habituée à vous justifier, à ajiaiser par mes discours les esprits irrités.... Non, personne ne vous a blûmé.... On s’est renferme dans un silence solennel, si accablant! Ah! ce n’est pas ici un malentendu ordinaire, une passagère susceptibilité.... Il s’est passé quelque chose de fatal, d’irréparable..,. Autrefois la reine de