‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 277 sur 438 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

, WALLENSTEIN rit.

Je sais, je sais.... Ils avaient déjà loué d’avance, à Vienne, les fenêtres et les balcons, pour le voir sur la charrette des suppliciés.... J’aurais pu perdre honteusement la bataille, mais ce que les Viennois ne me pardonnent pas , c’est de les avoir frustrés d’un spiîctacle.

OUESTENBERG.

La Silésie était délivrée, et désormais tout appelait le duc dans la Bavière cruellement opprimée. En effet, il se met en marche.... il traverse la Bohème à son aise, par le chemin le plus long; mais, avant même d’avoir vu l’ennemi, il revient brusquement sur ses pas , prend ses quartiers d'hiver et écrase , avec l’armée de l’empereur, les domaines de l’empereur.

WALLENSTEIN

L’armée faisait pitié : les choses les plus nécessaires, toute commodité, lui manquaient.... L’hiver approchait. Quelle idée Sa .Majesté se fait-elle de ses troupes? Ne sommes-nous pas des hommes? Ne sommes-nous pas, comme tous les mortels, soumis à l’influence du froid, de l’humidité, à tous les besoins? Destinée maudite du soldat! Où il airive, on fuit devant lui....quand il part, on le charge d’imprécations. Il est obligé de tout prendre, on ne lui donne rien, et contraint de dépouiller chacun, il est à chacun un objet d’horreur. Voici mes généraux! Caralfa! comte Déodati! Buttler! dites-lui depuis combien du temps les troupes attendent leur solde.

BUTTLER

Il y a déjà un an que la paye manque.

Et il faut que le soldat ait sa solde , c’est de là qu’il tire son nom.

QUESTENBERG.

C’est un langage qui ne ressemble guère àjcelui que le prince de Friedland faisait entendre il y a huit ou neuf ans.

WALLENSTEIN

Oui, c’est ma faute, je le sais bien; c’est moi-même qui ai gâté l’empereur. Oui! il y a neuf ans, pour la guerre de Danemark, je lui levai une armée de quarante à cinquante mille têtes, qui ne lui coûta pas un denier de sa bourse.... La furie

LES PICCOLOMINl.

de la guerre traversa les cercles de la Saxe, portant jusqu’aux écueils de la Baltique la terreur de son nom. C'était là le bon temps! Dans tous les États de l'empereur, aucun nom n’était honoré, fôté, comme le mien. Albert Wallenstein! ainsi se nommait le troisième diamant de sa couronne. .Mais à la diète des princes, à Ratisbonne, cela éclata. On vit clairement alors et manifestement quelle bourse avait fourni à mes dépenses. Kt quel fut mon salaire , pour avoir, en lidèle esclave du monartpie, amassé sur ma tète les malédictions des peuples.... pour avoir fait payer aux princes une guerre qui n'avait agrandi que lui? Kli quoi? Je fus sacrilié à leurs plaintes.... je fus déjiusé.

QUESTENBERG.

Votre grâce sait combien, dans cette malheureuse diète, l’empereur manqua de liberté.

Mort et démon! J’avais de quoi lui procurer la liberté. Non, seigneur, depuis qu’il m’a si mal réussi de servir le trône aux dépens de l’empire, j'ai appris à me former de l’empire une tout autre idée. Sans doute, c’est de remjæreur que je tiens ce bâton de commandement; mais maintenant je le porte comme général de l’empire , pour le bien de tous, pour le salut de l’ensemble, et non plus pour l’agrandissement d’un seul.... Au fait donc! que réclame-t-on de moi?

QUESTENBERG.

Sa Majesté veut d’aboi-d que l’armée évacue la Bohème sans retard.

WALLENSTEIN

Dans cette saison? Et où veut-on que nous portions nos pas?

QUESTENBERG.

Là où est l’ennemi. Car Sa .Majesté veut qu’avant Pâques Ratisbonne soit purgé d’ennemis, que le prêche luthérien ne retentisse pas plus longtemps dans la cathédrale.... que l’abomination de l’hérésie ne souille pas la pure solennité de la fête.

WALLENSTEIN

Cela peut-il se faire, mes généraux?

ILLO

Ce n’est pas possible.

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