‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 276 sur 438 · ACTE II, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VU

néral. Ce n’était plus une aveugle fureur en lutte avec une fureur aveugle. On vit alors , en bataille régulière , la fermeté résister à l’audace , la sagesse et l’art lasser la bravoure. En vain on l’attire au combat, il s’enterre de plus en plus dans son camp, comme s’il s’agissait de s’y fonder une éternelle demeure. Enfin , désespéré, le roi veut donner l'assaut, il entraîne à la boucherie ses .soldats , que les horreurs de la faim et de la peste lui tuent lentement dans son camp, plein de cadavres. Il s’élance, lui que rien n’arrêta jamais , pour s’ouvrir un passage à travers le retranchement , derrière lequel la mort veillait, i la bouche de mille tubes meurtriers. Là se fit une attaque et une défense telles que nul œil d’heureux mortel n’en avait encore vu. Enfin le roi ramène du champ de bataille ses troupes déchirées , et cet affreux sacrifice d'hommes ne lui a pas gagné un pouce de terrain.

WALLENSTEIN

Dispensez- vous de nous raconter , d’après la gazette, ces scènes terribles dont nous avons été nous-mêmes les acteurs.

QUESTENBERG.

Mon devoir et ma mission sont d’accuser; c’est mon cœur qui s’arrête volontiers à la louange. Au camp de Nurenberg , le roi de Suède laissa sa gloire.... .sa vie dans les plaines de Lützen. Mais qui ne fut stupéfait de voir le duc de Friedland , après cette grande journée, s’enfuir, comme un vaincu, en Bohême, et disparaître du théâtre de la guerre , pendant que le jeune héros de Weimar pénétrait sans obstacle en Franconie , s’ouvrait impétueusement un chemin jusqu’au Danube, et paraissait tout à coup devant Ratisbonne , au grand effroi de tous les chrétiens bons catholiques? Alors le digne prince des Bavarois réclame, un prompt secours dans son extrême détresse.... L’empereur envoie sept courriers porter cette prière au duc de Friedland ; il le supplie , quand il pouvait commander en maître. C’est en vain. Le duc, en ce moment, n’écoute que sa vieille haine, son re.ssentiment ; il sacrifie le bien commun, pour satisfaire sa soif de vengeance contre un ancien ennemi , et Ratisbonne succombe!

WALLENSTEIN

Df! quel temps s’agit-il donc, .Max? Je n’en ai plus aucun souvenir.

LKS PirCOI.OMINI.

11 veut pnrlfr du temps où nous étions en Silésie.

WALLENSTEIN

Ah! oui , oui! Mais qu’avions-nous donc à faire là ?

MAX

En chasser les Suédois et les Saxons. '

WALLENSTEIN

Bien ! Cette description me fait oublier toute la guerre. (.1 Quesicnberg.) Continuez toujours.

QUESTENBERG.

Peut-être regagna-t-on sur l’Oder ce qu’on avait perdu honteusement sur le Danube. On espérait voir éclater des prodiges sur ce nouveau théâtre de guerre, où Friedland en personne tenait la eamitagne, où le rival de Gustave trouvait devant lui un.... Thurn et un Arnheim. lii en effet l’on se vit d’assez près, mais pour se traiter en amis, en hôtes. Toute l’Allemagne gémissait sous le poids de ,1a guerre, mais la paix régnait dans le camp de Wallenstein.

WALLENSTEIN

Plus d’une bataille sanglante est livrée pour rien, parce que le jeune général a besoin d’une victoire. Un privilège du général éprouvé est de n’avoir pas besoin de combattre jiour montrer au monde qu’il sait vaincre. Que m’eût servi d’user de ma fortune contre un Arnheim? Ma modération eût été fort utile à l’Allemagne , si j’avais réussi à rompre la funeste alliance des Saxons et des Suédois.

QUESTENBERG.

Mais ce but ne fut pas atteint, et ainsi recommença le jeu sanglant de la guerre. Alors enfin le prince justilia son ancienne gloire. Dans les champs de Steinau, l’armée suédoise met bas les armes, vaincue sans coup férir.... Alors la justice du ciel, entre autres prisonniers, livra aux mains de la vengeance l’ancien artisan de révolte, ta torche maudite de cette guerre, Matthias Thurn.... Mais il était tombé dans des mains généreuses; au lieu du châtiment, il trouva la récompense, et le prince renvoya, comblé de riches dons, l’ennemi mortel de son empereur.

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