ACTE II, SCfeNE III
TERZKY
El je sais aussi qu'il reçoit de secrets messages de Gallas.
WALLENSTEIN
Cela n'est pas vrai.
Oh! Tuas des yeux ouverts pour ne pas voir.
WALLENSTEIN
Tu n'ébranleras pas ma foi, elle est fondée sur la science la plus profonde. S'il ment, lui, toute la science des astres est mensonge. Car. sachez-le , j’ai , du destin même, un gage qui me répond qu'il est le plus lidèle de mes amis.
En as-tu un aussi qui t’assure que ce gage ne ment point?
WALLENSTEIN
Il y a des moments dans la vie de l’homme où il est plus près que d’ordinaire de l’esprit qui gouverne le monde , et où il peut adresser librement une question au destin. J’eus un de ces moments dans la nuit qui précéda la bataille de Lützen : appuyé, tout pensif, contre un arbre , je regardais devant mot dans la plaine. Les feux du camp jetaient de sombres lueurs à travers le brouillard; le silence n’était interrompu que par le sourd bruissement des armes et le cri monotone des rondes. Toute ma vie passée et future se déroulait en ce moment devant les yeux de mon âme, et au sort de la prochaine matinée mon esprit, plein de pressentiments, liait l’avenir le plus éloigné. Je me dis alors à moi-môme ; « Tu commandes à tant d’hommes ! Ils suivent tes étoiles; ils placent, comme sur un nombre unique et fatal, toutes leurs chances sur ta seule tête ; ils sont montés avec toi sur la barque de ta fortune. Mais il viendra un jour où la destinée dispersera çà et là tous ces hommes; bien peu resteront fidèlement auprès de toi. Je voudrais .savoir qui, de tous ceux qu’enferme ce camp, m’est le plus fidèle! Donne-moi un signe , ô destin ! Je veux que ce soit celui qui le premier, demain au matin , viendra à moi avec une marque d’affection. » Je m’endormis dans ces pensées. Et je fus conduit en esprit au milieu de la bataille. La mêlée était terrible. Une balle tua mon cheval, je tombai, et sur mon corps passaient, indifférents, chevaux et c.avaliers; et j’étais étendu là, haletant, comme un mou-