ACTE II, SCENE V
isoLANi, avec arrogance.
Je* donnerai celte explication à qui il appartient de me faire celte question.
OCTAVIO
Que cette feuille vous apprenne si ce droit m’appartient.
ISOLANT
Qu'est.... qu’est-ce? C’est la main et le sceau de l’empereur. {Il lit.) « Tous les officiers de notre armée obéiront aux ordres « de notre cher et fidèle lieutenant général Piccolomini, comme « aux nôtres propres.... • Hum!... Oui.... Ahl... Oui, ouilJe.... vous fais mon compliment, lieutenant général!
OCTAVIO
Vous vous soumettez à ce commandement?
ISOLANT
Je.... Mais aussi vous me surprenez si subitement.... On me laissera bien le temps de réfléchir, j’espère....
OCTAVIO
Deux minutes.
ISOLANT
Mon Dieu! mais le cas est....
OCTAVIO
Clair et simple. Vous avez à déclarer si vous voulez trahir votre maître ou le servir fidèlement.
ISOLANI.
Trahison.... Mon Dieu!... Qui parle donc de trahison?
C’est là le cas. Le prince est un traître . il veut faire passer l’armée à l’ennemi. Expliquez-vous bref et bien! Voulez-vous renier l’empereur? vous vendre à l’ennemi? Le voulez- vous?
ISOLANT
A quoi pensez-vous? Moi, renier Sa .Majesté Impériale? Ai-je dit cela? Quand l’aurais-je dit?
OCTAVIO
Vous ne l’avez pas encore dit, pas encore. J’attends si vous le direz.
ISOLANI.
Eh bien ! voyez , je suis bien aise que vous attestiez vousmême que je n’ai rien dit de semblable.
kts LA MOIIT DE WALLEXSTEIN.
OCTAVIO
Ainsi vous vous déclarez détaché du prince? .
ISOLANI.
S’il trame une trahison.... La trahison rompt tous les liens.
OCTAVIO
Et vous êtes décidé à' combattre contre lui ?
ISOLANI.
11 m’a fait du bien.... mais, s’il est un coquin, que Dieu le damne ! le compte est déchiré.
OCTAVIO
Je suis fort aise que vous vous soyez rendu de bonne grâce. Cette nuit , vous partirez dans le plus grand silence , avec toutes tes troupes légères; il faut que l’ordre paraisse venir du duc lui-même. I.e lieu de réunion est Frauenberg; là, Gallas vous donnera des ordres ultérieurs.
ISOLANI.
Il sera fait comme vous l’ordonnez; mais aussi qu’il vous souvienne auprès de l’empereur combien vous m’avez trouvé empressé.
OCTAVIO
Je louerai votre conduite. {Isolani sort; ü vitnt un Domestique.) Le colonel Buttler? Bien.
ISOLANI, revenant.
Pardonnez-moi aussi la rudesse de mes façons, mon vieux camarade. Seigneur Dieu! comment pouvais-je savoir quel grand personnage j’avais devant moi !
OCTAVIO
Laissons cela.
ISOLANI.
Je suis un vieil enfant d’humeur joyeuse, et si parfois quelque mot un peu vif sur la cour m’était échappé dans la gaieté du vin , vous savez bien que c’est sans mauvaise intention. (71 sort. )
OCTAVIO
Pas d’inquiétude à ce sujet. — Voilà qui a réussi. Fortune, sois-nous aussi propice auprès des autres !