ACTE U, SCfcNE VI
Comment s’est passée l’affaire du comté ?
Du comté! Quoi?
OCTAVIO
Du titre de comte , veux-je dire.
BUTTLER , éclatant avec violence.
Mort et démon !
OCTAVIO , froidement.
Vous le sollicitiez. On vous l’a refusé.
BUTTLER
Vous ne me raillerez pas impunément. Dégainez!
OCTAVIO
Remettez votre épée. Üites-moi tranquillement comment la chose s’est passée? ensuite, je ne vous refuserai pas satisfaction.
BUTTLER
Eh bien, soit! que tout le monde sache donc une faiblesse que je ne pourrai jamais me pardonner à moi-même!... Oui, lieutenant général , j’ai de l’ambition ; jamais je n’ai pu supporter le mépris. Je souffrais de voir qu’à l’armée la naissance et les titres avaient plus de valeur que les services. Je ne voulus pas être inférieur à mes égaux ; dans un malheureux moment, je me laissai aller à cette démarche.... C’était une folie ! mais je ne méritais pas de l’expier si durement.... On pouvait me refuser.... pourquoi envenimer le refus par ce dédain blessant? pourquoi écraser, accabler le vieillard, l’ancien serviteur éprouvé, sous une cruelle raillerie, lui rappeler si durement la honte de son extraction, parce qu’il s'est oublié dans une heure de faiblesse? Mais la nature a donné un aiguillon au reptile que le caprice insolent se fait un jeu d’écraser....
OCTAVIO
Il faut qu’on vous ait calomnié. Devinez-vous quel est l’ennemi qui vous a rendu ce mauvais service ?
Qui que ce soit, peu m’importe! C’est assurément un drôle infime , un courtisan , un Espagnol , quelque fils d’ancienne famille que j'olTusque peut-être , un envieux coquin que chagrine ce rang que je me suis conquis.