‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 349 sur 438 · ACTE II, SCENE VU · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VU

droit, jamais les choses n’en seraient venues là; tout serait aujourd’hui bien diiïérent! Il n’aurait pas franchi ce pas terrible; les bons auraient gardé leur pouvoir auprès de lui, il ne serait pas tombé dans les pièges des méchants. Pourquoi se glisser ainsi furtivement, guetter avec astuce, comme un voleur ou son complice? Funeste fausseté! mère de tout le mal! c’est toi, source de douleur, qui nous perds! I.a vérité , la pure vérité, qui conserve le monde, nous eût tous sauvés. Père, je ne puis t’excuser, je ne le puis. Le duc m’a trompé, affreusement trompé; mais toi, tu n’as pas agi beaucoup mieux.

OCFAVIO.

Mon fils, hélas! je pardonne à ta douleur.

MAI se lève el le considère cl" un regard de doule.

Serait-il possible, père? Père, serait-ce avec préméditation que tu aurais amené les choses à ce point? Tu t’élèves par sa chute. Octavio , cela ne peut m’agréer.

OCTAVIO

Dieu du ciel!

MAX

Malheur à moi! j’ai changé ma nature. Comment le soupçon entre-t-il dans mon âme sincère? La confiance, la foi, l’espoir, tout a fui ; car tout ce que j’estimais le plus m’a menti. Non! non! Pas tout! car enlin elle vit encore en moi , et elle est vraie et pure comme le ciel. Partout règne le mensonge et l’hypocrisie, le meurtre et le poison, le parjure et la trahison; dans toute l'humanité, le seul asile pur, préservé de profanation, c’est notre amour.

OCTAVIO

Max, suis-moi plutôt sans délai, cela vaut mieux.

MAX

Quoi? Avant d’avoir encore pris congé d'elle? le dernier congé ?... Jamais!

OCTAVIO

Épargne-toi la douleur de la séparation , d'une séparation nécessaire. Viens avec moi , viens , mon fils ! {U veut l’entrainer.)

Non. Aussi vrai qu'il y a un Dieu!

OCTAVIO, plus pressant.

Viens avec moi! Je te l'ordonne, moi, ton père.

LA MOUT DE WALLENSTEIX

MAX

Ordonne-moi ce qui est possible à l’homme. Je reste.

OCTAVIO

Max, au nom de l’empereur, suis-moi!

MAX

L’empereur n’a rien à commander au cœur. Veux-tu donc m’enlever encore le seul bien que m’ait laissé mon malheur, sa compn.ssion? Faut-il que cette cruelle nécessité s’accomplisse cruellement? Cet arrêt inévitable, on veut encore que j’y obéisse honteusement; que je me dérobe à elle, comme un indigne, par une fuite lâche et secrète? Elle verra ma souffrance, ma douleur; elle entendra les plaintes de mon âme déchirée; elle versera des pleurs sur moi.... Oh! les hommes sont cruels; mais elle, c’est un ange. Elle sauvera mon âme des fureurs de l’affreux désespoir; elle apaisera, par de douces plaintes, de tendres consolations , cette douleur mortelle.

OCTAVIO

Tu ne t’arracheras pas à elle, tu ne le pourras. Oh! viens, mon üls, et sauve ta vertu!

MAX

Ne prodigue pas en vain tes paroles! Je suis l’impulsion de mon cœur, car je peux m’y lier.

OCTAVIO, décontenancé, tremblant.

Max! Max! Si cet horrible malheur m’atteint, si toi.... mon fils.... mon propre sang.... je n’ose y penser!... tu te vends à l’infâme , si tu imprimes cette flétrissure à la noblesse de notre maison ; alors le monde verra un épouvantable spectacle; alors, dans un affreux combat, le glaive du üls s’abreuvera du sang du père.

MAX

Oh! si lu avais toujours mieux pensé des hommes, tu aurais aussi mieux agi. Défiance maudite! doute fatal! Rien, à ses yeux , n’est ferme et assuré ; tout chancelle là où manque la foi.

OCTAVIO

Et, si même je me fie à ton cœur, sera-t-il toujours en ton pouvoir de lui obéir?

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