‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 375 sur 438 · DEUXIÈME CUIRASSIER · texte numérisé non relu

DEUXIÈME CUIRASSIER

C’est vrai, mon général.

WALLENSTEIN

Je n’oublie aucun de ceux avec qui j’ai une fois échangé quelques mots. Exposez votre affaire.

LE BRIGADIER commande.

b’arme au bras!

1. Les mois AHetiherg et, un peu plus bis, Aile Teste • vieille forteresse, » .lésignent deux hauteurs situées prés de Nureuberg, entre la Biber et la Rednitz, et du haut des^^uclles Wallenslein repoussa victorieusement, au mois d’aoùt 1632, l’assaut que lui livra Gustave-Adolphe.

LA MORT OE WALLENSÏEIN

WALLENSTEIN , toumé vers un troisième.

Tu te nommes Rislieck. Cologne est ton lieu de naissance.

TROISIÈME CUIRASSIER

Uisbeck de Cologne.

WALLENSTEIN

Tu amenas prisonnier dans le camp de Nurenberg le colonel suédois Dubald.

TROISIÈME CUIRASSIER

Ce n’est pas moi , mon général.

WALLENSTEIN

C’est juste, c’était ton frère atné.... Tu avais encore un frère plus jeune; qu’est-il devenu?

TROISIÈME CUIRASSIER

Il est à Olmütz , dans l’armée de l’empereur.

WALLENSTEIN , OU Brigadier.

Eh bien! je vous écoute.

LE BRIGADIER

11 nous est venu dans les mains une lettre de l’empereur qui nous.... •

WALLENSTEIN rinUrrompt.

Oui vous a choisis? .

LE BRIGADIER

Chaque compagnie a tiré son homme au sort. .

WALLENSTEIN. . '

Eh bien donc, au fait!

LE BRIGADIER

11 nous est venu dans les mains une lettre de l’empereur qui nous ordonne de te refuser obéissance, parce que tu es un ennemi et traître à la patrie.

WALLENSTEIN. • ■

Et là-dessus qu’avez-vous résolu? ' '

LE BRIGADIER

Nos camarades à Braunau , Budweis, Prague et Olmütz, ont déjà obéi, et les régiments de Tiefenbach, de Toscane, ont suivi leur exemple.... Mais nous, nous ne croyons pas que tu sois un ennemi, ni traître à la patrie; nous tenons cette accusation pour fausse et mensongère, pour une invention des Espa-

ACTE in, SCÈNE XV. gnols. {Cordialement :) Nous voulons que tu nous dises toi-même ce que tu projettes, car tu as toujours été vrai avec nous, nous avons la plus grande confiance en toi; il ne faut pas qu’une bouche étrangère se glisse entre nous, entre le bon général et ses bonnes troupes.

WALLENSTEIN

Je reconnais là mes hommes de Pappcnheim.

• LE BRIGADIER

Voici ce que ton régiment te fait dire ; N’as-tu d’autres vues que de garder dans tes mains ce sceptre de guerre qui te convient, que l’empereur t’a confié, d’être le loyal général de l’Autriche, dans ce cas, nous sommes prêts à t’assister, à te défendre, dans ton bon droit, envers et contre tous.... Et si tous les autres régiments se détachent de toi , nous te resterons seuls fidèles, et nous donnerons notre vie pour toi. Car c’est notre devoir de cavaliers , de périr plutôt que de te laisser tomber, (lais si les choses sont comme le dit la lettre de l’empereur, s’il est vrai que tu veux traîtreusement (que Dieu nous en préserve!) nous conduire à l’ennemi, oh! alors, nous aussi, nous t’abandonnerons et obéirons à la lettre.

WALLENSTEIN

Écoutez, mes enfants.... •

LE BRIGADIER

Il n’est pas besoin de beaucoup de paroles. Dis oui ou non, et nous sommes satisfaits.

WALLENSTEIN

Écoutez. Je sais que vous êtes intelligents, que vous examinez et pensez par vous-mêmes , et ne suivez pas le troupeau. Voilà pourquoi, vous le savez, je vous ai toujours honorablement distingués parmi tous ces flots de soldats; car le rapide regard du général ne compte que les enseignes, il ne remarque aucune tête en particulier, le commandement inflexible règne aveugle et sévère ; ici l’homme ne peut avoir pour l’homme aucune valeur.... Ce n’est pas ainsi , vous le savez, que j’ai agi envers vous. En voyant comme tout d’abord vous vous conduisiez vous-mêmes dans ce rude métier, en voyant luire sur vos fronts la pensée humaine, je vous ai traités en hommes libres, je vous ai reconnu le droit d’avoir votre opinion....

LA MUUT ÜK WAI.LKXSÏEIN.

LE BRIGADIER

Oui, tu as toujours agi digiit'iuoiit envers nous, mon générait tu nous as lionorés j)ar la confiance , tu nous as montré ta faveur plus qu’aux aulres régiments. Aus.si ne suivons-nous pas la multitude, tu le vois! Nous voulons tenir fidèlement pour toi. Dis seulement un mot : ta jwrole nous suffira. Üis-nous que ce (lue tu médites n'est point trahison, ijuc tu ne veux pas conduire l’armée à l’ennemi.

WALLEKSTEIN.

C’est moi , moi (lue l’on trahit. L’empereur m’a sacrifié à ses ennemis, il faut que je tombe, si mes braves troupes ne me sauvent pas. Je veux me confier à vous.... Que voti'e cœur soit ma citadelle! Voyez, c'est à cette poitrine que l’on vise; à cette tête grise!... Telle est la reconnaissance espagnole; voilà ce qui nous revient de cette lutte meurtrière, qui eut pour théâtre la Vieille Forteresse', et de la bataille livrée dans les plaines de Lüt/.en. C’est pour ce prix que nous avons opposé aux pertuisanes notre poitrine nue, pour ce j)rix que nous avons fait de la terre glacée, du dur rocher, notre chevet. Aucun torrent n’était pour nous trop rapide, aucune forêt trop impénétrable. Nous avons, sans nous rebuter, suivi ce .Mansfeld par tous les tortueux détours de sa fuite : notre vie fut une marclie sans repos, et, pareils au vent qui gronde dans les airs, nous avons, sans patrie, sans séjour, traversé, comme fait l’ouragan, le monde agité par la guerre. Ht maintenant que nous avons fait la rude besogne des armes, l’œuvre ingrate et maudite; maintenant que, d’un bras fidèle, infatigable, nous avons roulé le fardeau de la guerre, on veut que l’adolescent impérial vienne sans eflort emporter la paix, qu’il enlace dans sa blonde chevelure d’enfant la branche d’olivier, l’ornement si bien gagné de notre front....

LE BRIGADIER

C’est ce qu’il ne fera pas, tant que nous pourrons l’empêcher. Nul autre que loi, qui l’as conduite avec gloire, ne doit mettre fin à cette terrible guerre. Tu nous as guidés dans les champs sanglants de la mort, c’est à toi, et non à un autre, à nous la-

>. Voy. la note do la page 491.

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