‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 376 sur 438 · ACTE 111, SCÈNE XV · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE XV

mener joyeusement dans les guérets fi'eonds de la paix, à partager avec nous les fruits du long travail....

WALLENSTEIN

Comment? Comptez-vous, dans votre vieillesse, jouir enfin de ces fruits? Ne l’espérez pas! Vous ne verrez jamais la fin de cette lutte. Cette guerre nous dévorera tous. L’Autriche ne veut point de paix; c’est parce que je cherche la paix qu’on veut que je tombe. Qu’importe à l’Autriche que cette longue guerre consume les armées et ravage l’univers? Elle ne veut que s’agrandir toujours et gagner du terrain. Vous êtes émus.... Je vois le noble courroux qui étincelle dans vos regards guerriers. Ohl puisse mon esi)cit vous animer en ce jour, comme autrefois quand il vous menait, intrépides, au combat! Vous voulez m’a.ssister, vous voulez, avec les armes, me soutenir dans mes droits.... C’est une noble i)cnsée! .Mais ne comptez pas l’accom- ]dir à vous seuls, petite armée! C’est en vain que vous vous serez sacrifiés pour votre général. {D'un lande confiance.) Non, assurons notre marche, cherchons des amis. Les Suédois nous offrent du secours, prolitons-en en apparence, jusqu’à ce que, redoutabWs aux deux partis, nous tenions dans nos mains le destin de l’Europe et que, de notre camp, nous amenions à l’univers charmé la paix parée de sa belle couronne.

LE BRIGADIER

Ainsi tu ne t’entends avec le Suédois qu’en apparence ? Tu ne veux pas trahir l’empereur, tu ne veux pas nous faire Suédois? Vois, c’est tout ce que nous désirons savoir de toi.

WALLENSTEIN

Et que m’importe le Suédois? Je le hais comme le gouffre de l’enfer; et je pense. Dieu aidant, le rejeter bientôt au delà de sa Ualtique. Je n'ai en vue que l’ensemble. Voyez! j’ai un cœur; les lamentations de ce peuple allemand excitent ma pitié. Vous n’étes que des hommes du commun, mais vous n’avez pas des sentiments communs; vous me paraissez dignes, plus que d’autres, que je vous fasse ma confidence.... Voyez! Il y a quinze ans déjà que la torche de ta guerre brûle, et nulle part encore il n’y a de trêve. Suédois et Allemand ! Papiste et Luthérien ! N'ul ne veut céder à l’autre, tous les bras se menacent. Tout est faction et parti, et nulle part il n’y a de juge. Dites, où vou-

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