‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 382 sur 438 · ACTE III, SCfeNE XVIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCfeNE XVIII

WALLENSTEiN O fixé siir lui ses regards en silence, et maintenant il se rapproche,

Max, reste auprès de moi... Ne t’éloigne pas de moi, Max! Vois, quand on l’amena dans ma tente, aux quartiers d’hiver de Prague , tendre adolescent, peu fait aux hivers d’Allemagne , ta main s’était roidie à porter le lourd drapeau, mais en homme tu n’avais pas voulu le lâcher. Je te pris alors , je tq couvris de mon manteau, je fus moi-môme ta garde-malade, je ne rougis d’aucun petit service , je te soignai avec la sollicitude empressée d’une femme, jusqu’à ce que, réchauffé par moi, sur mon cœur, tu sentis gaiement se ranimer ta jeune vie. Quand, depuis lors, ai-je changé de sentiments? J’ai enrichi bien des milliers d'hommes , je leur ai donné des terres, je les ai récompensés par des dignités.... Toi, je t’ai aimé, je t’ai donné mon cœur et moi-méme. Ils étaient tous des étrangers; tu fus, toi! l’enfantde la maison.... Max, tune peux m’abandonner! Cela ne peut être, je ne puis ni ne veux croire que Max puisse m’abandonner.

MAX

O Dieu !

WALLENSTEIN

Je t’ai tenu et porté dè.s la plus tendre enfance.... Qu’a fait pour toi ton père que je n’aie fait et abondamment? J’ai tissu autour de toi un réseau d’amour; déchire-le, si ta peux.... Tu es attaché à moi par les plus doux liens du cœur, par les nœuds les plus sacrés de la nature qui unissent les homn)es les uns aux autres. Va, abandonne-moi, sers ton empereur. Fais-toi récompenser par sa chaîne d’or, par sa Toison, de n’avoir compté pour rien ton ami, le père de ta jeunesse, les sentiments les plus sacrés.

. MAX, en proie à rme lutte violente.

O Dii'u! Comment faire autrement? N’y suis-je pas forcé? Mon serment.... le devoir....

WALLENSTEIN

Le devoir, envers qui? Qui es-tu? Si j’agis mal envers l’empereur, c’est mon tort et non le tien. T’appartiens-tu? Es-tu ton propre maître? Es-tu libre dans ce monde , comme moi, et peux-tu te dire l’auteur de tes actions? Tu es uni à moi, comme

502 LA MORT DE WALLENSTEIN’

la branche au tronc; je suis ton em|>ereur; m’appartenir, m'obéir, voilà ton honneur et la loi de ta nature. Et si l’astre sur lequel tu vis et habites sort de .son orbite , se précipite, embrasé, sur un monde voisin fct renflamme, il ne déjunid pas de toi de le suivre ou non ; il t’entraîne dans la violence de son élan avec son anneau et tous ses satellites. Légère sera ta responsabilité dans cette lutte. Le monde ne te blûmera pas, il te louera d’avoir mis ton ami au-dessus de tout.

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