ACTE II, SCÈNE VIII
cette feuille peut démasquer ce saint. {Carlos prend U papier et écoute avec une avide impatience le récit de la Princesse, sans se donner le temps de lire.) Où puis-je trouver mon salut, prince? Jusqu’ici, c’est mon orgueil qui a protégé ma vertu; maisenfm....
Enfin vous avez succombé? vous avez cédé? Non, non, au nom du ciel! non!
LA PRINCESSE , avec noblesse et fierté.
Cédé à qui? Misérable calcul de l’esprit! Quelle faiblesse pour ces fortes intelligences! Estimer les faveurs des femmes, le bonheur de l’amour, à l’égal d’une marchandise sur laquelle on peut mettre enchère. L’amour est la seule chose , sur tout ce globe terrestre, qui ne souffre pas d'autre acheteur que luimême. L’amour est le prix de l'amour. C’esit le diamant inestimable qu’il me faut ou donner, ou sinon enfouir, sans que nul en jouisse.... pareille à ce grand marchand, qui, insensible à l’or du Rialto, et pour faire rougir les rois, rendit sa perle à la mer opulente, trop lier pour l’adjuger au-dessous de sa valeur.
CARLOS
(Par le Dieu des merveilles!... Cette femme est belle!)
LA PRINCESSE
Qu’on l’appelle caprice.... vanité ; n’importe. Je ne divise point ce que je puis donner de joie. A l’homme, h l’homme unique, que je me serai choisi , je donnerai tout, pour tout. Je ne ferai don qu’une fois , mais pour toujours. Mon amour ne fera qu’un heureux.... un seul.... mais cet unique heureux, il en fera un dieu.... Le ravissant accord des âmes.... un baiser.... les joies voluptueuses de l'heure du berger.,., la sublime, la céleste magie de la beauté, sont les fraternelles couleurs d’un même rayon, les feuilles d’une même fleur. Et j’irais, insensée! arracher et sacrifier une feuille de la belle corolle de cette fleur? Je mutilerais moi-méme la sublime majesté de la femme, le chef-d’œuvre de la Divinité , pour réjouir le soir d'un débauché !
CARLOS
(C’est incroyable! Comment? Madrid possédait une telle jeune fille, et moi.... moi , je ne l’apprends qu’aujourd’hui?)
UON CAKI.OS.