I.A MOUT DE WAI.LEXSTEIX
BUTTLER
'Aujourd’hui, cette nuit iiahiie, car les Suédois seront demain devant les portes.
DÉVEROUX.
.Me réponds-tu des suites, général?
BUTTLER
Je réponds de tout.
DÉVEROUX.
Est-ce la volonté de l’empereur? sa volonté franche et nette? Car, cela s’est vu, parfois on aime le meurtre et punit le meurtrier.
BUTTLER
Le manifeste dit ; .MoTt ou vif. Et vivant, c’est impossible, vous le voyez vous-mêmes....
DÉVEROUX.
Ainsi donc mort! mort!... Mais comment arriver à lui? La ville est pleine des soldats de ïerzky.
MACDONALD
Et puis il y a encore Terzky et lllo....
BUTTLER
On commencera par ceux-là, cela s’entend.
DÉVEROUX.
Ouoi? Doivent-ils périr au.ssi?
Eux d’abord.
MACDONALD
Écoute, Déveroux.... ce sera une sanglante soirée.
DÉVEROUX.
As-tu déjà ton homme pour cette besogne? Conlie-la-moi.
BUTTLER
Le major Géraldin en est chargé. C’est aujourd’hui carnaval , et on donnera un repas au château. C’est là qu’on les surprendra à table et qu’on les tuera.... Pcstalutz et Lesley y seront....
DÉVEROUX.
Écoute, général! cela no peut le rien faire. Écoute.... laisse moi changer avec Géraldin.
BUTTLERi
Le danger est moindre avec le duCi
•ACTE V, SCÈNE II. 5(i7
DÉVEROU.X.
I.C danger? Que diable penses-tu de moi, général? C’est l'œil lu duc, non son épée que je crains.
BUTTLER
Ouel mal son œil peut-il te faire?
DÉVEROUX.
Par tous les diables! Tu sais que je ne suis pas un poltron. .Mais, vois, il n’y a pas encore huit jours que le duc m’a fait donner vingt pièces d’or pour acheter ce vêtement chaud que j’ai là sur le corps.... Et s’il me voit avec ma pique, s’il regarde mon vêtement.... vois.... alors, alors.... Le diable m’emporte! je ne suis pas un poltron.
BUTTLER
Le duc t’a donné ce vêtement chaud , et toi , pauvre diable , tu hésites pour cela à lui passer ton épée à travers le corps. Et l’empereur l’a vêtu d’un habit ([ui tient encore bien plus chaud , du manteau de prince. Comment l’en récompense-t-il ? Par la révolte et la trahison.
DÉVEROUX.
C’est encore vrai. Au diable la reconnaissance! Je.... le tuerai.
BUTTLER
Et si tu veux tranquilliser ta conscience, tu n’as qu’à ôter ton habit, alors tu pourras faire le coup vivement et gaillardement.
MACDONALD
Oui, mais voici encore à quoi il faut songer....
BUTTLER
A quoi faut-il encore songer , Macdonald ?
MACDONALD
Que nous serviront contre lui les armes et les moyens d’attaque? On ne peut l’entamer, il est invulnérable.
BUTTLER éclate.
Que va-t-il nous....
MACDONALD
A l’épreuve de la balle et du tranchant. Il est congelé, il est muni de l’art du diable; son corps est impénétrable, te dis-je.
Oui, oui! A Ingolstadt il y avait aussi un tel homme. Sa peau
LA MORT DE WA LLEXSTEIX
était dure comme de l’acier, il fallut à la tin l'assommer à coujis de crosse.
MACDONALD
Kcoutez ce que je veux faire.
DÉVEROUX.
Parle.
MACDONALD
Je connais ici, au couvent, un frère dominicain, de notre pays ; il faudra qu’il me plonge mon épée et ma pique dans de l’eau bénite , et qu’il prononce dessus une puissante bénédiction. C’est un moyen éprouvé, qui sert contre tout enchantement.
BL'TTLER.
Fais cela, Macdonald. Mais maintenant, allez. Choisissez dans le régiment vingt, trente gaillards solides, faites-leur prêter serment à l’empereur. Après qu’il aura sonné onze heures.... quand les premières rondes seront passées, vous les conduirez, dans le plus profond silence, à la maison.... Moi-même, je ne serai pas loin.
DÉVEROUX.
Comment traverserons-nous les archers et les gardes qui veillent dans la cour intérieure ?
BUTTLER
Je me suis informé de la disposition des lieux. Je vous conduirai jiar une porte de derrière, qui n’est défendue que par un seul homme. Mon rang et ma charge me donnent entrée à toute heure chez le duc. Je vous précéderai et soudain, d’un coup de poignard dans la gorge, je percerai l’archer et vous ouvrirai le passage.
DÉVEROUX.
Kt, quand nous serons en haut, comment arriverons-nous à la chambre à coucher du duc , sans que les gens du palais s’éveillent et répandent l’alarme? car il a ici une suite nombreuse.
BUTTLF.R.
l/'s gens sont dans l’aile droite; il hait le bruit et habite tout seul l’aile gauche.
DÉVEROUX.
<Jue n’esl-ce déjà passé, Macdonald?... Cela me fait au cœur, j’en atteste le diable, un singulier effet.