‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 424 sur 438 · LES PRÉCÉDENTS, SENT · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENTS, SENT

WALLENSTEIN

N’est-ce pas Séni qui vient? Et comme il est hors de lui! Quel motif t’amène encore si tard ici , Baptista ?

SÉNI

Mes craintes pour toi. Altesse.

WALLENSTEIN

Dis, qu’y a-t-il?

SÉNI

Fuis, Altesse, avant le point du jour! Ne te fie pas aux Suédois.

ACTK V, SCÈNE V.

WALLENSTEIN

Quelle idée as-tu là?

sÉNi , élevant la voix.

Se te fie pas aux Suédois.

WALLENSTEIN

Qu’y a-t-il donc?

SÉNI

t’attends pas l’arrivée de ces Suédois. Un prochain malheur te menace, venant de faux amis. Les signes célestes offrent d’affreux présages; c’est de près, de tout près, que t’entourent les filets de ta perte.

WALLENSTEIN

Tu rêves, Itaptista, la crainte te rend insensé.

SÉNI

Oli! ne crois pas qu’une vaine crainte m’abuse. Viens, lis toi-même , dans l’aspect des planètes , qu’un malheur le menace de la part de faux amis.

WALLENSTEIN

C’est de faux amis que vient tout mon malheur, l’avis aurait dû venir plus tôt. Maintenant je n’ai plus besoin d’étoiles pour cela.

SÉNI

Oh! viens et vois! Crois-en tes propres yeux. Un signe horrible se montre dans la maison de la vie, un ennemi voisin, un génie malfaisant est là qui épie derrière les rayons de ton étoile.... Oh! reçois cet avis! Ne te livre pas à ces païens, qui font la guerre à notre sainte Église.

WALLENSTEIN, SOUviatU.

Est-ce de là que vient l’oracle?... Oui, oui! Maintenant, il m’en souvient.... Cette alliance suédoise ne t'a jamais plu.... Va dormir, Baptista. De tels signes ne m’effrayent point.

GORDON, qui a été violemment ému par ces discours, se tourne vers Walknstein.

•Mon auguste commandant! Puis-je parler? Souvent une parole utile sort d'une bouche indigne.

WALLENSTEIN

Parle librement !

GORDON

.Mon prince! Si pourtant ce n’était pas un vain fantôme en-

LA MOUT DE WAI.LEXSTEIX.

fuiil^ par la crainte, si la Providence divine se servait miraculeusement de cette voix pour vous sauver!

wallenstein.

C’est la fièvre qui vous fait jiarler, l’un comme l’autre. Comment un malheur pourrait-il me venir des Suédois? Ils ont reclierché mon alliance, c’est leur intérêt.

GOHDON.

Si c’était pourtant l’arrivée de ces Suédois.,., précisément elle, qui précipitât la ruine Sur cette tête si confiante.... {Toutb(wt à ses picils.) Oh\ il en est encore temps, mon prince.... sÉM s'agenouille.

Oh !. écoutc‘-le ! écoute-le!

WALLENSTEIN

'femps? et (lourquoi? lx‘vez-vous.... Je le veux, levez-vous!

GORDON se lève.

Le Rhingrave est encore loin. Ordonnez, et cette forteresse lui sera fennée. Si alors il veut nous assiéger, qu’il essaye! Mais je le déclare, il périra avec toute son armée devant ces remparts, plutét que de lasser le courage de nos âmes. Il éprouvera ce que peut une poignée de héros, commandée, animée par un héros qui veut sérieusement réparer sa faute. Cela touchera et apai.sera l’empereur, car son cœur incline volontiers à la clémence, et Friedland, revenant à lui, repentant, sera plus haut dans sa faveur qu’il ne fut jamais avant d’avoir failli. wallenstein le regarde avec surprise et étonnement, et garde quelque temps le silence , montrant une grande émotion intérieure.

Cordon.... l'ardeur de votre zèle vous entraîne loin. L’ami de ma jeunesse peut se donner quelque licence.... Ix; .sang a coulé , Gordon. Jamais l’emiærcur ne [lourra me pardonner. Et, s’il le pouvait, jamais je ne pourrais, moi, me laisser pardonner. Si j’avais su auparavant, ce qui maintenant est arrivé, qu'il m’en coûterait mon ami le plus cher, et si mon cœur m’eût parlé comme en ce moment.... peut-être eussé-je réfléchi.... ])eut-être aussi que non.... .Mais qu’y a-t-il encore à ménager? Le commencement a été trop grave ])Our n’aboutir à rien, (tue les événements aient donc leur cours! {.illant à la fenêtre.) Vois, il est maintenant nuit profonde; déjà tout est tranquille aussi dans le château.... Éclaire-moi, camérier. (Le Valet de chambre, qui pen-

ACÏli V, SCÈNE V.

cUint ce temps est entré en silence et s'est tenu dans l'éloignemcnl, prenant un intérêt visible à l’entretien, s'avance, profondément ému, et se jette aux pieiLs du Duc.) Et toi aussi? mais je sais pourquoi tu désires que je fasse ma paix avec l’empereur. Le pauvre liomme! Il a un petit bien en Carinfhie et il a peur qu’ils ne le lui prennent, parc? qu’il est auprès de moi. Suis-je donc si ])auvre que je ne puisse dédommager mes serviteurs? Soit, je ne veux contraindre personne. Si tu penses que le bonheur m’ait fui, abandonne-moi. Tu me déshabilleras, si tu veux, aujourd’hui pour la dernière fois, puis tu pourras passer à l'empereur.... lionne nuit. Gordon! Je pense dormir d’un long sommeil, car les tourments de ces derniers jours ont été grands. Ayez soin qu’on ne me réveille pas trop tôt. {Il sort. U Valet de chambre l’éclaire. Séni le suit. Gordon demeure dans l’obscurité, suivant des yeux le Duc jusqu'à ce qu'il ait disparu à l’extrémité de la galerie. Alors il exprime sa douleur pur ses gestes, et s'appuie , plein de tristesse, contre une colonne '.)

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