ACTE II, SCÈNE XI
DOMINGO
Puis-je prendre cette parole pour votre véritable pensée, belle princesse!
LA PRINCESSE
Pas pour un jeu, j’espère? Par le ciel! vous me rendez tout inquiète.... Comment? Qu’ai-je donc fait, si vous.... vous-méme, vous pâlissez?
DOMINGO
Princesse, cette surprise... A peine puis-je le comprendre....
LA PRINCESSE
Oui, très-révérend père, et je tiens à ce qu’il en soit ainsi. Je ne voudrais pas pour tous les biens du monde que vous le comprissiez. Qu’il vous sufR-se de savoir que la chose est telle. Épargnez-vous la peine de scruter, de chercher à l’éloquence de qui vous devez ce changement. J’ajouterai, pour votre consolation, que vous n’avez point de part à ce péché, ni l’Église non plus, en vérité! bien que vous m’ayez démontré qu’il pourrait y avoir tels cas où l’Église saurait employer pour de grandes fins jusqu’aux corps et à la jeunesse de ses filles. Non, ni l’Église non plus.... Ces sortes de pieux motifs, très-révérend père, sont trop élevés pour moi....
DOMINGO
Très-volontiers, princesse, je les retire, dès qu’il in’apparatt qu’ils étaient superflus.
LA PRINCESSE
Priez de ma part le monarque de ne pas me méconnaître en nie voyant agir ainsi. Ce que j’ai été, je le suis encore. L'état des choses a seul changé depuis. Quand j’ai repoussé ses offres avec indignation, je le croyais heureux par la possession de la plus belle des reines.... je croyais la fidèle épouse digne de mon sacrifice. Je croyais cela alors.... alors. Sans doute à présent, à présent je suis mieux informée.
DOMINGO
Princesse, continuez, continuez ! Je le vois, nous nous comprenons..
LA PRINCESSE
Il suflit. Elle est dévoilée. Je ne la ménagerai pas plus longtemps. Ses rusés et son larcin sont dévoilés. Elle a trompé le
DON’ CARLOS
roi, loutp l’Espapne, et moi. Elle aime. Je sais qu’elle aime. J’ai en mon pouvoir de.s preuves qui la feront trembler. Le roi est ti’ompd.... mais, par le eiel! il ne faut pas qu’il le soit impunément. Ce mas(jue d’abnégalion sublime et surbumaine, je le lui arracherai, pour que tout l’univers reconnaisse le front de la pécheres.se. Il m’en coûte un prix immense, mais pourtant.... et c’e.stcequi me ravit, ce qui fait mon triomphe.... il lui en coûtera plus cher encore.
DOMINGO
Maintenant tout est mûr. Pcrmetlez que j’appelle le duc. (// sort.)
LA PRINCESSE, étonuéc.
Qu’est-ce que cela va devenir?