‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 90 sur 438 · ACTE IV, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IX

la vérité, quand on me la demandera avec les égards auxquels j’ai droit et avec bonté.... Est-ce bien là le ton que Votre Majesté prit avec moi à Aranjuez? La grandesse assemblée seraitelle par hasard le tribunal devant lequel les reines ont à rendre compte de leur vie intime? J’ai accordé au prince l’entrevue qu’il me demandait avec instance. Je l'ai fait, mon époux, parce que je l’ai voulu..,, parce que je ne veux pas admettre l'usage pour juge, dans les choses que je sais irréprochables.... et je vous l’ai caclié, parce que je n’avais nulle envie de discuter avec Votre Majesté, eu présence de ma cour, au sujet de cette liberté.

LE ROI

Vous parlez hardiment, madame, très....

LA REINE

Et aussi, ajouterai-je, parce que l'infant ne trouve guère, dans le cœur de son père, la justice qu'il mé|jte.

LE ROI

Qu’il mérite?

LA REINE

Car pourquoi, Sire,’ le cacherais-je?... Je l’estime beaucoup et je l’aime comme mon allié le plus proche, qui autrefois fut jugé digne de porter un nom qui me touchait de plus près.... Je n’ai pas encore su bien comprendre qu’il dût m’être plus étranger que tout autre, justement pour m’avoir été d’abord plus cher que tout autre. Si votre politique forme des liens selon qu’elle le trouve bon, il ne s’ensuit pas qu’il lui doive être aussi facile de les rompre. Je ne veux pas haïr par ordre.... et, puisqu’enfin on m’a contrainte à parler.... non, je ne veux pas que le libre arbitre de mon cœur soit plus longtemps asservi.

> LE ROI

Élisabeth! vous m’avez vu dans des heures de faiblesse. C’est ce souvenir qui vous rend si hardie. Vous vous fiez à une toutepuissance dont vous avez souvent fait l’épreuve sur ma fermeté.. . . Mais craignez d’autant plus. Ce qui m’aportéàdes faiblesses peut aussi me conduii'e à la fureur.

LA REINE

Qu’ai-je donc fait?

LE ROI lui prend la main.

Si cela est, si pourtant cela est.... et cela n'est-il donc pas

DON CARLOS

déjàî... si la pleine et comble mesure de vos torts monte d’une seule goutte, s’accroît du poids d'pn seul souffle.... si je suis trompé.... {Il laisse sa main.) Je puis triompher encore de cette dernière faiblesse. Je le puis et le veux.... Alors, malheur à moi et à vous, Klisabeth !

LA REINE

Ou’ai-je donc fait?

LE ROI

Alors, eh bien soit! que le sang coule....

LA REINE

En sommes-nous là?... O Dieu!

Alors, je ne me connais plus.... je ne respecte plus aucune coutume , aucune voix de la nature , aucun accord des nations.... «•

LA REINE

Que je plains Votre Majesté !...

LE ROI, hors de lui.

Me plaindre! La pitié d’une femme galante....

l’infante s’attache, effrayée, à sa mère.

Le roi est en colère, et ma belle maman pleure.

LE ROI écarte durement l’enfant de la Reine,

LA REINE , avec douceur et dignité, mais d'utte voix tremblante.

Il faut ])Ourtant que je garantisse celte enfant des mauvais traitements. Viens avec moi, ma fille! {Elle la prend sur son bras.) Si le roi ne veut plus te connaître , il faut que je fasse venir, de delà les Pyrénées, des garants qui prennent en main notre cause. {Elle veut se retirer.) ^

LE ROI , confus.

Peine!

LA REINE

Je ne puis plus.... c’est trop.... {Elle veut atteindre la porte et tombe à terre avec l'enfant^près du seuil.)

LE ROI court à elle, consterné.

Dieu! Qu’est-ce que cela?... •

l’infante crie, pleine d’effroi.

Ah! ma mère saigne! {Elle s’élance dehors.)

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