TRAGÉDIE RÉPUBLICAINE
Nam id fncinus imprimé ago memoraliil*< distimo, sceleris atque [tericuli novitale.
Salluste, Catilina.
(Épigraphe de l'édition de 1783.)
PRÉFACE DE SCHILLER
J'ai tiré l’histoire de cette conjuration principalement de la Conjuration du comte Jean-Louis de Fiesque , par le cardinal de Retz, de Y Histoire des conjurations , de Y Histoire de Gènes, et de Y Histoire de Charles-Quint (troisième partie), par Robertson. Les libertés que je me suis données par rapport aux événements seront excusées par le Dramaturge de Hambourg , si elles sont heureuses; si elles ne le sont pas, j’aime mieux avoir gâté mes propres conceptions que les faits. La vraie catastrophe du complot, où le comte périt, par un malheureux accident, au moment où il touche au but de ses désirs , il a fallu la changer absolument, car la nature du drame ne comporte pas la main du hasard ou l'action immédiate de la Providence. J’aurais peine à comprendre pourquoi jusqu'ici aucun poète tragique ne s’est exercé sur ce sujet , si 'e n’en trouvais précisément une raison suffisante dans ce dénoûment antidramatique. Les esprits supérieurs suivent les fils déliés d’un événement dans toute la trame du système du monde, aussi loin qu’elle s’étend, et les voient se rattacher peut-être aux limites extrêmes de l’avenir et du passé, tandis que le commun des hommes ne remarque que le fait détaché , semblable à ces toiles de l'araignée qui flottent librement dans les airs. Mais l’artiste , dans son choix, se règle sur la vue courte de l'humanité, qu’il veut instruire, et non sur cette toute-puissance clairvoyante qui l’instruit lui-même.
Dans mes Brigands, j’ai pris pour sujet la victime d’une excessive sensibilité. Ici j'essaye, au contraire, de peindre une victime dp l’art et de l’intrigue. Mais quelque remarquable que soit
rnftFACE DE SCHILLER.
devenu dans l'histoire le malheureux projet de Fiesque, il pourrait fort bien manquer son effet au théâtre. S’il est vrai que le sentiment seul éveille le sentiment, le héros politique doit être d’autant moins, ce me semble, un sujet propre à la scène, qu’il est obligé davantage de dépouiller l’homme pour être un héros politique. Il ne tenait donc pas à moi d'animer ma fable de cette chaleur ardente qui règne dans le pur produit de l’imagination poétique; mais tirer du cœur humain les premiers fils de l'action politique, froide et stérile, et par cela même la rattacher au cœur humain, enlacer en quelque sorte l’un dans l’autre l'homme et le politique, et empruntera l'industrieuse intrigue des situations qui intéressent l’humanité , voilà ce qui dépendait de moi. J’ajouterai que mes relations sociales m’ont familiarisé plutôt avec les secrets du cœur qu’avec ceux des cabinets, et peut-être cette faiblesse même, en ce qui touche la politique, sera-t-elle devenue un mérite au point de vue de la poésie.
Cf.-n?
PERSONNAGES
ANDRÉ DOR1A , doge (lo Gènes. Vénérable octogénaire. Des restes de feu. Un de ses traits caractéristiques est la gravité du langage et un laconisme sévère et impérieux.
GIANETTINO DOR1A, neveu du précédent. Prétendant. Homme de vingt-six ans. Rude et blessant dans son langage , son allure , scs manières. Grossièrement orgueilleux. Caractère inégal et heurté.
( Les deux Doria sont vêtus d'écarlate. )
FIESQUE , comte de Lavagna. Chef de la conjuration. Jeune homme do vingt- trois ans, svelte, dans la fleur de la beauté, fier avec bienséance , affable avec majesté. Souplesse courtoise , mais non moins de finesse.
(Tous les nobles sont vêtus do noir. C’est absolument l'ancien costume allemand.)
VERRINA, conjuré républicain. Homme de soixante ans. Grave, sérieux et sombre. Physionomie profonde.
BOURGOGNINO , conjuré. Jeune homme de vingt ans. Noble et agréable.. Fier , prompt et naturel.
CALCAGNO, conjuré. Voluptueux amaigri. Trente ans. Caractère aimable et entreprenant.
SACCO , conjuré. Quarante-cinq ans. Homme ordinaiie.
LOMELLINO, confident de Gianeltino. Courtisan à l’âme desséchée.
ASSERATO,
ROMANO , peintre. Libre , simple et fier.
MULEY HASSAN, nègre de Tunis. Vraio tête de nègre vautien et retors. Dans la physionomio un mélange original de fourberie et do spirituelle malice.
UN ALLEMAND DE LA GARDE DU DOGE. Honnête simplicité. Bravoure intrépide.