‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 136 sur 372 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

JULIE

Et voilà tout?... Ah! le petit masque! Est-ce donc ma faute, C souriant avec complaisance\si le comte a des yeux?

FIESQUE

Ne vous en prenez qu'à votre beauté, Madonna, s’il ne peut pas les avoir partout.

JULIE

Pas de compliments , comte , quand c’est l’honneur qui parle. Je demande satisfaction. La trouverai-je chez vous, ou derrière les foudres du doge?

FIESQUE

Dans les bras de l'amour, qui vous fera amende honorable pour les écarts de la jalousie. ,

JULIE

Jalousie? jalousie? Que veut donc cette petite tète? ( Gesticulant devant un miroir.) Comme si elle pouvait avoir une meilleure garantie de la bonté de son propre goût , que de me voir déclarer que c'est aussi le mien? ( Avec fierté.) Doria et Fiesque?... Comme si la comtesse de Lavagna ne devait pas se sentir honorée quo la nièce du doge trouve son choix digne d’envie? (Amicalement , en donnant sa main à baiser au comte.) A supposer, comte, que je le trouvasse tel.

fiesque , vivement.

Cruelle! et me tourmenter encore de la sorte!... Je sais, divine Julie , que je ne devrais éprouver pour vous que du respect. Ma raison me commande de fléchir le genou, en sujet, devant le sang des Doria , mais mon cœur adore la belle Julie. Mon amour est criminel , mais héroïque en même temps , d'oser forcer l’enceinte du rang et prendre son essor vers le soleil dévorant de la majesté.

JULIE

Vrai mensonge de comte , qui vient à moi sur de boiteuses échasses.... Sa langue me divinise, et son cœur palpite sous le portrait d’une autre.

FIESQUE

Dites mieux, signora, il bat avec humeur contre ce poids qui le presse et il veut le repousser. (Il détache le portrait de Léonorc, qui est suspendu à un ruban bleu de ciel , et le remet à Julie.) Pla*

LA CONJURATION UE l'IESOUE.

cez votre image sur cet autel, et vous pourrez détruire cette idole.

julie met vivement le portrait dans, son sein et dit avec joie : lrn grand sacrilice, sur mon honneur, et qui mérite ma reconnaissance. (Elle suspend le sien au cou de Ficsque.) Eh bien! esclave , porte les couleurs de ton maître. ( Elle s'en va.) fiesque, avec feu.

Julie m'aime! Julie! Je n’envie aucun Dieu! (Se promenant avec transport dans la salle.) Que cette nuit soit une nuit de fête divine; je veux que la joie fasse son chef-d’œuvre! Holà! holà! ( Une foule de valets.) Que le nectar de Chypre ruisselle sur le sol de mes salons, que la musique éclate à réveiller la sombre nuit de son sommeil de plomb, que mille flambeaux brillants fassent fuir de dépit le soleil du matin!... Que l'allégresse soit générale! Que la danse effrénée fasse crouler en débris, sous son fracas, l’empire des morts!

(Il sort à la haie. Bruyant allégro , pendant lequel un rideau est tiré au milieu de la seine et ouvre une grande salle illuminée, où dansent un grand nombre de masques. Sur le côte , des bu/fels et des tables de jeu , où sont assis des convives.)

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