ACTE I, SCÈNE VII
SACCO
Yerrina, viens! Il ne sera jamais des nôtres.
FIESQUE
Menons gaiement la vie, mon cher compatriote. Ressemblons à ces héritiers rusés qui suivent le cercueil en sanglotant et n’en rient que plus fort dans leur mouchoir. Mais nous pourrions bien avoir, pour notre peine, une rude marâtre. Eh bien, soit! nous la laisserons gronder et ferons bombance. verrina , vivement ému.
Ciel et terre! et nous n’agirons pas?... Où en es-tu venu, Fiesque? Où aurai-je des nouvelles de ce grand ennemi des tyrans? Je me rappelle un temps où la vue d’une couronne t’aurait donné des convulsions.... Fils déchu de la république! Tu répondras devant Dieu du peu de cas que je ferai désormais de mon immortalité, si la durée use et corrompt ainsi, même les esprits.
FIESQUE
Tu es un éternel rêveur de chimères. Qu’il mette Gênes dans sa pdfche, et qu'il la vende à un corsaire de Tunis, que nous importe? Nous boirons du vin de Chypre et caresserons de jolies lilles.
verrina le regarde sérieusement.
Est-ce là ta vraie et sérieuse pensée?
FIESQUE
Pourquoi pas, ami? Est-ce donc une volupté d’être un des pieds de cette bête paresseuse, à mille pattes, qu’on nomme république? Grand merci à qui lui donne des ailes et dispense les pieds de leurs fonctions. Gianettino Doria sera doge. Les affaires d’Etat ne nous feront plus blanchir les cheveux.
Fiesque!... Est-ce là ta vraie et sérieuse pensée?
FIESQUE
André adopte son neveu pour fils et pour héritier de ses biens : qui serait assez fou pour lui disputer l’héritage de son pouvoir ?
verrina , avec un extrême, mécontentement.
Alors, venez, Génois! (Il quitte brusquement Fiesque, les attires suivent.)
LA conjuration de fiesque.
FIESQUE
Verrina!... Verrina!... Ce républicain est dur comme l’acier!...