ACTE I, SCÈNE IX
fiesque se recule de nouveau.
Je le vois.
, LE NÈGRE
Gardez-vous de Doria.
fiesque se rapproche de lui dun air confiant.
Ami! t’aurais-je peut-être fait tort? Je redoute en effet ce nom.
LE NÈGRE
Alors, fuyez l’homme. Savez-vous lire?
FIESQUE
Singulière question ! Tu as sans doute fréquenté plus d’un cavalier. As-tu quelque écrit?
LE NÈGRE
Votre nom parmi de pauvres pécheurs. {Il lui présente un billet et se pluce tout près de lui. Fiesque va devant un miroir et regarde obliquement par-dessus le papier. Le nègre tourne autour de lui , en l'épiant, enfin il tire son poignard et veut frapper.)
fiesque se retourne prestement et saisit le bras du nègre.
Doucement, canaille! {Il lui arrache le poignard .) le nègre frappe du pied avec rage.
Diable !... Je vous demande pardon. (Il veut s'esquiver.) fiesque Cempoigne , et crie d’une voix forte :
Stephano ! Drullo ! Antonio ! ( Tenant le nègre à la gorge. ) Reste, mon bon ami! Infernale coquinerie! (Des valets.) Reste et réponds! Tu as fait de mauvaise besogne. A qui dois-tu demander le salaire de ta journée?
le nègre, après plusieurs vaines tentatives pour se dégager, dit d'un ton résolu :
On ne peut pas me pendre plus haut que la potence.
FIESQUE
Non , console-toi. On ne t’accrochera pas aux cornes de la lune, mais pourtant assez haut pour que de là le gibet ordinaire te paraisse un cure-dents. Cependant ton choix était trop politique pour que je pusse l’attribuer à ce que ta mère t’a donné de cervelle! Parle donc, qui t’a soldé?
LE NÈGRE
Seigneur , vous pouvez me traiter de scélérat, mais non d’imbécile, je vous prie.
LA CONJURATION DE EIESQUE
FIESQUE
La brute aurait-elle de l’orgueil? Brute, parle , qui t'a soldé? le nègre , ré/léchifsant.
Hum! De cette façon du moins je ne serais pas seul attrapé?... Oui m’a soldé?... et pourtant ce n’étaient que cent maigrçs sequins!... Oui m'a soldé?... Le prince Gianettino.
fiesque , exaspéré , se promenant de long en large.
Cent sequins , et pas davantage , pour la tête de Fiesque? ( D'un ton de sarcasme. ) Kougis , prince héréditaire de Gênes. ( Courant à une cassette. ) Tiens, drôle, en voilà mille, et dis à ton maître.... qu’il est un meurtrier bien ladre. ( U nègre le contemple de la tête aux pieds. )
FIESQUE
Tu hésites , drôle?
le nègre prend l'argent , le pose , puis le reprend et regarde Fiesque avec un étonnement toujours croissant.
FIESQUE
Oue fais-tu , drôle?
le nègre jette résolument l’argent sur la table.
Seigneur.... cet argent , je ne l’ai pas gagné.
FIESQUE
Le stupide coquin! Ce que.tu as gagné, c’est le gibet. Mais l'éléphant irrité écrase des hommes , et non des vermisseaux. Je te ferais pendre , pour peu qu'il m'en coûtât plus de peine que de dire deux mots.
le nègre , avec une joyeuse révérence.
Monseigneur est beaucoup trop bon.
FIESQUE
Dieu m’en préserve! pas envers toi! Ce qui me plaît, c’est de pouvoir, à ma fantaisie, conserver ou anéantir un coquin tel que toi , et voilà pourquoi je te laisse aller. Ta maladresse m’est un gage d’en haut que je suis réservé à quelque chose de grand , et voilà pourquoi je suis clément , pourquoi je te laisse aller.
le nègre , cordialement.
Touchez là , Lavagna ! Un service en vaut un autre. Si quelque tête, dans cette péninsule, est emmanchée d’un cou qui pour vous soit de trop, ordonnez, et je le coupe , gratis.