‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 147 sur 372 · ACTE I, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IX

fiesque se recule de nouveau.

Je le vois.

, LE NÈGRE

Gardez-vous de Doria.

fiesque se rapproche de lui dun air confiant.

Ami! t’aurais-je peut-être fait tort? Je redoute en effet ce nom.

LE NÈGRE

Alors, fuyez l’homme. Savez-vous lire?

FIESQUE

Singulière question ! Tu as sans doute fréquenté plus d’un cavalier. As-tu quelque écrit?

LE NÈGRE

Votre nom parmi de pauvres pécheurs. {Il lui présente un billet et se pluce tout près de lui. Fiesque va devant un miroir et regarde obliquement par-dessus le papier. Le nègre tourne autour de lui , en l'épiant, enfin il tire son poignard et veut frapper.)

fiesque se retourne prestement et saisit le bras du nègre.

Doucement, canaille! {Il lui arrache le poignard .) le nègre frappe du pied avec rage.

Diable !... Je vous demande pardon. (Il veut s'esquiver.) fiesque Cempoigne , et crie d’une voix forte :

Stephano ! Drullo ! Antonio ! ( Tenant le nègre à la gorge. ) Reste, mon bon ami! Infernale coquinerie! (Des valets.) Reste et réponds! Tu as fait de mauvaise besogne. A qui dois-tu demander le salaire de ta journée?

le nègre, après plusieurs vaines tentatives pour se dégager, dit d'un ton résolu :

On ne peut pas me pendre plus haut que la potence.

FIESQUE

Non , console-toi. On ne t’accrochera pas aux cornes de la lune, mais pourtant assez haut pour que de là le gibet ordinaire te paraisse un cure-dents. Cependant ton choix était trop politique pour que je pusse l’attribuer à ce que ta mère t’a donné de cervelle! Parle donc, qui t’a soldé?

LE NÈGRE

Seigneur , vous pouvez me traiter de scélérat, mais non d’imbécile, je vous prie.

LA CONJURATION DE EIESQUE

FIESQUE

La brute aurait-elle de l’orgueil? Brute, parle , qui t'a soldé? le nègre , ré/léchifsant.

Hum! De cette façon du moins je ne serais pas seul attrapé?... Oui m’a soldé?... et pourtant ce n’étaient que cent maigrçs sequins!... Oui m'a soldé?... Le prince Gianettino.

fiesque , exaspéré , se promenant de long en large.

Cent sequins , et pas davantage , pour la tête de Fiesque? ( D'un ton de sarcasme. ) Kougis , prince héréditaire de Gênes. ( Courant à une cassette. ) Tiens, drôle, en voilà mille, et dis à ton maître.... qu’il est un meurtrier bien ladre. ( U nègre le contemple de la tête aux pieds. )

FIESQUE

Tu hésites , drôle?

le nègre prend l'argent , le pose , puis le reprend et regarde Fiesque avec un étonnement toujours croissant.

FIESQUE

Oue fais-tu , drôle?

le nègre jette résolument l’argent sur la table.

Seigneur.... cet argent , je ne l’ai pas gagné.

FIESQUE

Le stupide coquin! Ce que.tu as gagné, c’est le gibet. Mais l'éléphant irrité écrase des hommes , et non des vermisseaux. Je te ferais pendre , pour peu qu'il m'en coûtât plus de peine que de dire deux mots.

le nègre , avec une joyeuse révérence.

Monseigneur est beaucoup trop bon.

FIESQUE

Dieu m’en préserve! pas envers toi! Ce qui me plaît, c’est de pouvoir, à ma fantaisie, conserver ou anéantir un coquin tel que toi , et voilà pourquoi je te laisse aller. Ta maladresse m’est un gage d’en haut que je suis réservé à quelque chose de grand , et voilà pourquoi je suis clément , pourquoi je te laisse aller.

le nègre , cordialement.

Touchez là , Lavagna ! Un service en vaut un autre. Si quelque tête, dans cette péninsule, est emmanchée d’un cou qui pour vous soit de trop, ordonnez, et je le coupe , gratis.

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