ACTE I, SCENE II
spiegelberg , se détournant de lui avec humeur.
Imbécile !
MOOR entre; il est dans un état de violente agitation, et il va et vient rapidement dans la chambre, en se parlant à lui-même.
Hommes!... O hommes! fausse et hypocrite couvée de crocodiles! Leurs yeux sont tout eau, leurs cœurs tout d'airain ! Des baisers sur les lèvres, des poignards dans le sein! Les lions et les léopards nourrissent leurs petits, les corbeaux associent les leurs à leur festin sur les charognes, et lui, lui !... J’ai appris à supporter la méchanceté , et je puis voir en souriant mon ennemi courroucé boire à ma santé le sang de mon propre cœur.... mais quand c'est l'amour des nôtres qui nous trahit, quand l’affection paternelle devient une mégère.... oh! alors, prends feu, virile patience! doux agneau, deviens un tigre furieux! et que chaque fibre se tende pour la rage et la ruine!
Écoute, Moor ! Qu’en penses-tu ? Vivre en brigands vaut pourtant mieux que d’être au pain et à l'eau , dans le plus profond souterrain de la tour?
Pourquoi ces sentiments ne sont-ils pas entrés plutôt dans un tigre, qui enfonce se3 dents furieuses dans la chair humaine? Est-ce là la foi paternelle ? Est-ce là amour pour amour ? Je voudrais être un ours et exciter les ours des terres boréales contre cette race meurtrière.... Le repentir et point de pardon!... Oh! je voudrais empoisonner l’Océan, pour qu’ils bussent la mort à toutes les sources! Confiance, invincible espoir, et pas de pitié!
C’est incroyable, c’est un rêve, une illusion!... Une prière si • touchante, une peinture si vive de la misère et du repentir le plus attendri!... Les bêtes féroces auraient fondu en larmes de pitié; les pierres auraient versé des pleurs, et pourtant.... On croirait, si je le voulais publier, que je forge une satire haineuse
ROLLER
MOOR
ROLLER
Mais écoute donc, Moor, ce que je te dis.
MOOR
LES BRIGANDS
contre le genre humain.... et pourtant, pourtant.... Oh! que ne puis-je faire sonner dans toute la nature la trompette de la révolte, et ameuter contre cette engeance d’hyènes l'air, la terre et la mer!
GRIMM
Écoute donc, écoute! La rage t'empêche d'entendre.
MOOR
Arrière! arrière! Ton nom n’est-il pas homme? n'est-ce pas la femme qui t’a enfanté?... Sors de ma présence, avec ta face d’homme!... Je l’aimais d'un amour si ineffable! Jamais fils n’aima ainsi; pour lui j'aurais donné mille vies.... ( Écumant de rage et frappant la terre du pied.) Oh ! celui qui me mettrait un glaive à la main, pour frapper d’une plaie inguérissable cette couvée de vipères! Celui qui me dirait où je puis atteindre le principe de leur vie, le broyer, l'anéantir.... il serait mon ami, mon ange, mon Dieu.... je l’adorerais!
ROLLER
Nous voulons tout juste être ces amis -là; écoute donc ce qu’on a à te dire.
SCHWARZ
Viens avec nous dans les forêts de la Bohême. Nous voulons former une bande de brigands, et toi....
(Moor le regarde fixement.)
SCHWEIZER
Tu seras notre capitaine! Il faut que tu sois notre capitaine! spiegelberg se jette avec fureur dans un fauteuil.
Esclaves et poltrons !
MOOR
Qui t’a soufflé cette parole? Écoute, drôle ! ( Saisissant rudement Boller.) Tu n’as pas tiré cela de ton âme d'homme! qui t’a soufflé cette parole? Oui, par la mort aux mille bras! c’est ce que nous voulons faire! c’est ce qu’il nous faut faire! Cette idée mérite l’apothéose.... Brigands et meurtriers !... Aussi vrai que mon âme vit, je suis votre capitaine.
tous, à grands cris.
Vive le capitaine !
spiegelberg, se levant précipitamment, à part.
Jusqu’à ce que je l’aide à déguerpir