ACTE I, SCÈNE II
Voyez, c’est comme si l’on venait de m’opérer de la cataracte. Quel fou j’étais de vouloir rentrer dans la cage!... Mon esprit a soif d’action; mon souffle, de liberté.... Meurtriers, brigands!... Avec ces mots, c’en est fait, j’ai foulé la loi aux pieds.... Les hommes ont étouffé pour moi l’humanité , lorsque j'en appelais à l’humanité : arrière donc toute sympathie, tout ménagement humain!... Je n’ai plus de père, je n’ai plus d’amour; que le sang et la mort me fassent oublier que jamais quelque chose m’ait été cher!... Venez, venez!... Oh! je veux me donner une terrible distraction.... c’est convenu, je suis votre capitaine, et heureux qui se distinguera parmi vous, qui brùiera le plus furieusement, tuera le plus horriblement! car, je vous le dis, il sera royalement récompensé.... Rangez-vous tous autour de moi, et jurez- moi fidélité et obéissance jusqu’à la mort!... Jurez-le par cette droite virile!
Bien! Et maintenant, par cette même droite virile, je vous jure ici de demeurer fidèlement et constamment votre capitaine, . jusqu’à la mort. Ce bras fera à l'instant un cadavre de quiconque hésiterait jamais, ou douterait, ou reculerait. Je donne à chacun de vous le même droit sur moi , si je viole mon serment. Cela vous agrée-t-il?
(. Spiegclbery court avec fureur, de long en large, dans la chambre.)
Eh bien! donc, alors, partons. Ne redoutez ni la mort ni le danger, car une inflexible destinée règne sur nous! A la fin chacun est atteint par son dernier jour, que ce soit sur le moelleux coussin d’édredon, ou dans la rude mêlée du combat, ou en spectacle sur la potence ou sur la roue! Un de ces destins est le nôtre! ( Ils sortent.)
spiegelberg les suit des yeux et dit après une pause.
Ton catalogue a une lacune. Tu as oublié le poison.
tous lui donnent la main.
Nous te jurons fidélité et obéissance, jusqu’à la mort!
tous , jetant leurs chapeaux en fair.
Cela nous agrée !
MOOR
(Il sort.)
T.ES BRIGANDS