‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 249 sur 372 · ACTE V, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIII

BERTHE

Quinze ans.

BOURGOGNINO.

Tant pis! C’est, pour cette nuit, un âge trop tendre, de cinq ans.... Ton père?

BERTHE

Le meilleur citoyen de Gènes.

BOURGOGNINO.

Doucement, mon enfant! Il n’y en a qu’un qu’on puisse nom- .mer ainsi, et sa tille est ma tiancée. Connais-tu la maison de

BERTHE

Il me semble.

bourgognino, vivement.

Et connais-tu cette céleste fille?

BERTHE

Sa fille s’appelle Bertlie.

bourgognino , avec feu.

Va sur-le-champ et remets-lui cet anneau. Tu lui diras que ce doit être à ses yeux l’anneau des fiançailles, et que le panache bleu se conduit vaillamment. Maintenant, adieu! Il faut que j’aille là-bas. I.e danger n’est pas encore passé. ( Quelques maisons brûlent.)

berthe, comme U s'éloigne, lui crie d'une voix douce :

Scipion!

bourgognino s'arrête stupéfait.

Par mon épée! je connais cette voix.

berthe se jette à son cou.

Par mon cœur! je suis fort connue ici.

bourgognino s'écrie :

Berthe ! ( Le tocsin sonne dans le faubourg. Concours de peuple. Ils disparaissent ensemble , se tenant embrassés.)

LA CONJURATION DK FIF.SQUE.

Au lieu de la scène qui précède. Schiller, pendant son séjour à Leipzig, en 1785, a inséré ici les suivantes, pour le théâtre de cette ville.

Une voûte souterraine, éclairée par une seule lampe. Le fond du théâtre reste complètement obscur. Sur le devant,

IÎERTHE, seule, le visage couvert d’un voile noir, est assise sur une pierre. Après une pause, elle se lève et parcourt la scène.

Toujours pas de bruit? Nulle trace humaine ? Rien qui m’annonce les pas de mes sauveurs?... Effroyable attente! Effroyable et vaine, comme les désirs de l’homme enseveli vivant sous le sol du cimetière. Et quelle est ton attente, pauvre fille déçue? Un serment inviolable te tient captive sous cette voûte. «11 faut que Gianettino Doria tombe, que Gênes soit libre, ou que Berthe se consume dans ce cachot....» ainsi l’a déclaré le serment de mon père. Horrible prison, pour laquelle il n’y a d’autre clef que le râle de la mort d'un tyran bien défendu ! ( Elle regarde autour d'elle dans le caveau.) Que ce silence est lugubre ! afTreux comme le silence du tombeau ! De ces recoins vides il sort une nuit effrayante, et ma lampe aussi menace de s’éteindre. (Elle marche d’un pas plus rapide .) O viens, viens, mon bien-aimé! il est terrible de mourir ici. (Silence; puis elle tressaille et s'élance, en se tordant les mains, à travers le caveau, avec tous les signes de la douleur.) Il m’a abandonnée! Il a rompu son serment! Il a oublié sa Berthe. Les vivants ne se soucient plus des morts, et cette voûte fait partie des tombeaux. N’espère plus rien, malheureuse! L'espérance ne fleurit que sous les regards de Dieu , et Dieu ne regarde pas dans cette prison. (Nouveau silence ; elle devient plus inquiète.)

Ou bien mes sauveurs ont-ils succombé? L’audacieuse conjuration a échoué et le péril a vaincu l’intrépide jeune homme.... O malheureuse Berthe! peut-être, en ce moment, leurs fantômes errent sous cette voûte et pleurent sur ton espérance. (Elle tressaille d'effroi.) Dieu! Dieu! me voilà donc perdue sans ressource, s’ils ne sont plus, abandonnée sans ressource à l’épouvantable mort! (Elle s'appuie contre le roc. Après une pause,

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