ACTE DEUXIÈME
FRANZ DE MOOR , pensif dans sa chambre.
Cela dure, à mon gré, trop longtemps.... le docteur prétend que la crise tire à sa lin.... La vie d’un vieillard , il faut en convenir, est une éternité!... Et ma route serait donc libre et aplanie, n'était cette coriace et odieuse masse de chair, qui, semblable au chien magique et souterrain, dans les contes de génies, me barre l’accès à mes trésors.
Mais faut-il donc que mes projets plient sous le joug de fer d’une nécessité mécanique?... Mon esprit, au vol élevé, doit-il se laisser enchaîner aux allures de limace de la matière?... Souffler une lampe qui, après tout, en est à ménager ses dernières gouttes d’huile.... ce n’est que cela.... Et pourtant je ne voudrais pas l’avoir fait moi-mème, à cause des gens.... Je ne voudrais pas qu'il Tùt tué, mais que sa vie fût usée. Je voudrais faire comme un habile médecin, mais en sens inverse.... non pas fermer par quelque obstacle le chemin à la nature, mais la hâter dans sa propre marche. Et puisque nous pouvons réellement prolonger les conditions de la vie, pourquoi ne pourrionsnous pas aussi les raccourcir?
Les philosophes et les médecins m’apprennent à quel point les dispositions de l’esprit s’accordent avec les mouvements de la machine. Les émotions convulsives sont toujours accompagnées d'une dissonance des vibrations mécaniques.... Les passions attaquent la force vitale.... l’esprit surchargé écrase et renverse sa demeure.... Eh bien! donc, que serait-ce si l’on savait l’art d’aplanir à la mort cet accès non frayé à la citadelle
kb