POUR LE THÉÂTRE
Schiller, h la demande de Dalberg , retravailla, pour la scène de Mannheim, son drame de Fiesque. Cette version théâtrale n’a pas été imprimée du vivant de l’au* teur , mais on en a conservé le manuscrit dans les archives du théâtre de Mannheim, et M. Hoffraeister, qui en a eu communication , a signalé, dans ses Suppléments aux œuvres de Schiller, les différences qu’il a remarquées entre les deux formes du drame, à savoir, d’une part, la forme que nous offrent les œuvres complètes et que nous avons traduite, et, de l’autre, celle du manuscrit de Mannheim, auquel on s’est conformé pour la représentation. Cette seconde version a pour titre : La Conjuration de Fiesque d Gènes. Tragédie en ciwj actes, retravaillée pour la scène de Mannheim, par l'auteur Frédéric Schiller, pour l'année 178'i.
«Si nous comparons ce remaniement, dit M. Hoffmeister, avec la forme originale du drame, nous trouvons partout des différences, grandes ou petites, soit dans le fond, soit dans la forme, différences qui, à chaque page en quelque sorte, s’accroissent et deviennent plus importantes. Partout nous voyons la main de Schiller retravaillant son œuvre, et nous reconnaissons la vérité du rapport de Streicher, qui nous dit que l’auteur a dû copier de nouveau toute sa pièce. Beaucoup de scènes sont supprimées, plusieurs transposées, d’autres sont changées en très-grande partie, un assez bon nombre enfin sont des compositions entièrement neuves. Bref, la pièce est, quant au plan et surtout quant à la tendance et au dénoûment, une œuvre dramatique toute nouvelle.
« Ie 11 faut remarquer avant tout que chez Fiesque, dans la version du théâtre, la vertu républicaine triomphe de l’ambition, de façon que la pièce n’a pas un caractère de bouleversement révolutionnaire, mais qu’elle tend à l’établissement des idées de liberté : le héros s’épure et devient un précurseur du marquis de Posa. A ce point de vue, ce travail fait pour la scène est d’une grande importance pour l’histoire du développement moral de Schiller. A la fin , Fiesque ne périt point, mais il proclame les Génois libres, et c’est là la conclusion de la pièce. Après cela, on ne comprend pas bien pourquoi, dans le manuscrit du théâtre, ce drame où tout a une issue si heureuse est intitulé Tragédie , si toutefois ce titre vient de l’auteur.
« 2° Léonore ne meurt pas non plus et en général personne ne périt, & l’exception de Gianettinc. Le nègre lui-même échappe.
« 3* Il n’est nulle part question delà passion deCalcagno pour Léonore, ni des dettes de Sacco. Evidemment toute la conjuration est encore ennoblie par le
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rehaussement de ces deux personnages. Tous les conjurés sont de purs républicains. Mais Calcaguo et Sacco ont perdu au point de vue de l'art ce qu'ils ont gagné moralement : les deux caractères sont moins motivés.
« 4” L’outrage de Julie est adouci par cette circonstance, qu’il n’a pas lieu devant les conjurés assemblés, mais seulement devant Léonore. Ensuite, il ost encore longuement parlé, entre Julie et les deux époux, de cette injure antichevaleresque, et la conduite perfide de Fiesque est excusée, pour que le héros de la nouvelle liberté ne se montre pas sous un jour défavorable. Mais c’était là un problème insoluble et sur toute cette steppe aride on ne pouvait semer qu’un vain éclat de rhétorique. 11 fallait finir par rendre Julie affreuse, pour donner à Fiesque un droit apparent de la tromper et de la honnir.
« 5* Pertha n’est pas déshonorée par Gianetlino, mais elle échappe à scs poursuites, et tout cet épisode est de nouvelle invention. Toutefois Schiller nous tourmente longtemps par la croyance qu’elle a subi le dernier outrage. Par suite de ce changement, la malédiction du père est maintenant moins motivée et nous apparaît presque comme un jeu atroce, tout à fait superllu si l'injure subie par lu jeune fille a fait impression sur les trois républicains, et impuissant si elle ne les a point touchés.
« Tout le drame, dans ce remaniement, est moins artificiel et moins raffiné; il se meut plus librement, plus simplement et plus naturellement, et l’on sent, à ne le pouvoir méconnaître , que le cœur du poète s’ouvre , à mesure qu’il touche de plus près au but sublime de l’action, & mesure qu'il approche de la chaude atmosphère de don Carlos.
« On remarquera aussi combien l’auteur s’est efforcé d’abaisser au ton ordinaire des entretiens le langage déclamatoire de la version originale, et comme il a ou traduit ou évité ou supprimé ce qui pouvait paraître étudié , recherché et obscur. »
A la suite de ce résumé, M. Hoffmeister donne toutes les variantes et toutes les parties neuves du manuscrit de Mannheim '. Nous en avons extrait, pour les traduire dans cet appendice, les deux morceaux qui modifient le plus l’action et l’esprit du drame : 1* Un monologue de Fiesque, qui forme la quinzième scène du quatrième acte et vient à la suite de la scène avec André Doria qui est, dans les œuvres, la première du cinquième acte (voy. p. 320); 2" les trois dernières scènes de la pièce, qui font connaître le nouveau dénodment.