‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 269 sur 372 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

FIESQUE, stupéfait, suit des yeux André et demeure perdu dans ses pensées. Après une pause :

Me fallait-il d’abord renverser cet homme, pour apprendre qu’il est encore plus difficile de lui ressembler1 2? Il a disparu comme un Dieu , et me voilà ici comme un condamné. Il s'endort sans inquiétude, sur le doux oreiller de sa probité; il ne craint rien, parce qu’il a rendu Gènes heureuse.... Et que veux -je faire, moi?

1. M. Boas, qui a publié aussi des Suppléments aux aut res de Schiller (dédiées, pour le dire eu passant, à la princesse Hélène, duchesse d’Orléans), donne, dans le tome III, le drame entier de Fiesque, tel qu’il se lit dans lo manuscrit de Mannheim, et non pas seulement, comme M. IlolTmeister, les variâmes et les parties neuves de ce remaniement.

2. Cette première phrase est dans la version originale (voy. p. 321). Le reste de la scène, à partir de là, est entièrement neuf.

APPENDICE

Avouc-la à toi-mème, ta présomptueuse fausseté, Fiesque. Ce ne sont pas les nécessités de ta patrie, ce n’est point la pitié pour tes concitoyens souffrants.... c’est une coupable ambition qui a artné ton bras. C'est vers une couronne que tu étends cette main de larron. Tu n'extermines le tyran que pour faire place à un plus puissant.

Il en est encore temps! encore! Gènes dort encore d'un doux et paisible sommeil ; elle ne pressent pas l’orage que j'assemble sur elle en noires nuées. Encore , encore , je puis revenir sur mes pas. Un signe de moi désarme l’armée des rebelles; les flots soulevés de la sédition rentrent dans les rives des lois.... Ah , lâche! Et tu veux te fuir loi-méme? Tu es sûr de conquérir Gênes, et lu es sans cœur pour te vaincre?... En avant! en avant! Achève ta grandeur, Fiesque.... Marche, front contre front, à la tentation, avance d'abord si près.... si près de la pourpre que tu n’aies plus qu'à étendre la main pour l’atteindre.... Puis recule et renonces-y. {/f s'éloigne, s’arrête subitement , revient et reste immobile devant le palais de Doria. ) Ce que tu es, je le suis déjà , doge , mais jamais tu ne pourras devenir ce que je suis. Le froid de l’âge a resserré ta poitrine.... La source des désirs aux jets sublimes est tarie dans ton cœur. Ici (frappant sur sa poitrine) est la jeunesse, un sang bouillant, une soif ardente de puissance, d’apothéose. L’ambition de Fiesque lutte avec la vertu de Fiesque. Un adversaire plus terrible, André, que tu n'en rencontras jamais sur tes mers, qui dompta celui qui était le premier après Dieu, qui arracha du sein de l’Être infini des légions d'anges!... Et Fiesque a triomphé do lui. ( L’armée des conjurés s'avance lentement et en silence sur la place.) Ma résolution demeure inébranlable comme le roc. ( Il s'élance vers l’armée. ) Allons , frères! ( Il brandit son épée et saisit un drapeau. ) Au nom de Dieu et du bon droit! ( Se précipitant , à leur tête , vers la porte de la ville.) Fiesque et liberté I (Les conjurés attaquent la porte. La garde crie * qui vive! » Ils font feu et donnent l’assaut. Le combat s'anime. Ils font sauter la porte. On voit le port, où sont beaucoup de vaisseaux , éclairés par des lumières et garnis de soldats. La porte est conquise , et Fiesque y passe avec la plus grande partie de l'armée. )

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