‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 303 sur 372 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

sable.... Walter !... et que toi, maintenant encore, tu prononces ce mot glacial d’honneur.... si cette malheureuse.... accablée sous le sentiment de sa honte.... lasse du vice.... héroïquement relevée par l'appel de la vertu.... se jette ainsi.... dans tes bras (elle l’enloure de ses bras, avec une expression suppliante et solennelle).... veut être sauvée par toi.... par toi rendue ^tu ciel, ou (tf une voix creuse cl trçmblante , en détournant le visage ) si, pour échapper à ton image, elle va, obéissant au terrible appel du désespoir, en proie au vertige, se plonger plus avant dans les hideux abîmes du vice....

Ferdinand, s'arrachant de ses bras, dans la plus affreuse angoisse.

Non, par le Dieu tout-puissant! je ne puis supporter cela.... Milady, il faut.... le ciel et la terre m’accablent..,, il faut que je vous fasse un aveu , milady !

milady , fuyant loin de lui.

Pas maintenant! pas maintenant, parle grand Dieu du ciel .... pas dans ce moment horrible où mon cœur déchiré saigne de mille coups de poignard.... Que ce soit la mort ou la vie.... je ne puis pas.... je ne veux pas l’entendre!

Si pourtant, bonne lady! Il le faut. Ce que je vais vous dire amoindrira ma faute , et sera une éloquente excuse de ce qui s’est passé.... Je me suis mépris sur vous, milady.... Je comptais.... je désirais vous trouver digne de mon mépris. Je suis venu ici , fermement résolu de vous offenser , de mériter votre haine. Heureux tous deux, si mon plan eût réussi! (Après un moment de silence, d'une voix moins haute et plus timide.) J’aime, milady.... j'aime une jeune fille bourgeoise.... Louise Miller, la fille d'un musicien. ( Milady se détourne de lui, toute pale; il continue plus vivement.) Je sais où je me précipite; mais si la prudence commande à la passion de se taire, le devoir n’en parle que plus haut.... Je suis le coupable. C'est moi qui le premier ai rompu la précieuse paix de son innocence.... qui ai bercé son cœur d’espérances téméraires , et l’ai livré traîtreusement en proie à la passion fougueuse.... Vous allez me rappeler mon rang.... ma naissance.... les principes de mon père.... Mai3 j’aime.... Mon espérance monte d'aulant plus haut, que la na-

iü

L'INTRIGUE ET L’AMOUR

tare a croulé plus bas sous le poids des convenances.... Ma résolution et le préjugé!... Voyons qui de la mode ou de l’humanité restera sur le champ de bataille. ( Milady cependant s'est retirée à l'extrémité de la chambre et tient son visage caché sous ses deux mains. Il va auprès d'elle.) Vous vouliez me dire quelque chose, milSfly?

milady, avec r expression de la plus vive souffrance.

Rien, monsieur de Walter! Rien , sinon que vous nous perdez, vous, moi, et encore une troisième.

Encore une troisième? s

MILADY

Nous ne pouvons être heureux ensemble , et il faut cependant que nous soyons victimes de la précipitation de votre père. Jamais je n’aurai le cœur d'un homme qui ne me donne sa main que par contrainte.

FERDINAND

Par contrainte, milady? donne par contrainte? et ainsi, la donne cependant? Vous pourriez, vous, exiger la main sans le cœur? Vous, dérober à une jeune fille l’homme qui est tout pour cette jeune tille ? Vous , arracher à un homme la jeune fille qui est tout pour cet homme? Vous, milady.... qui étiez, il n’y a qu’un instant, l'admirable Anglaise.... Vous pourriez cela?

MILADY

Parce qu’il le faut. {Avec gravité et énergie.) Ma passion, Walter, cède à ma tendresse pour vous. Mon honneur ne le peut plus.... Notre union est l’entretien de tout le pays. Tous les yeux, tous les traits de la raillerie sont dirigés sur moi. C’est un outrage inelTaçable, si un sujet du prince me refuse. Plaidez avec votre père. Défendez-vous le mieux que vous pourrez!... Moi, je fais jouer toutes les mines. ( Elle s’éloigne rapidement. Le major demeure muet et pétrifié. — Une pause. — Puis il se précipite par la porte principale.)

Page 1