ACTE II, SCÈNE II
moi, nous l’avons souvent chantée ensemble sur le luth. (Elle continue à jouer.)
Chère qxjuse , va , cherche-moi la lance homicide.
Laisse-moi partir pour la danse effrénée du combat!
C’est sur mes épaules que repose llion.
Que nos dieux veillent sur Astyanax!
Hector succombe comme sauveur de la patrie,
Et nous nous reverrons dans l’Élysée.
DANIEL entre.
Il y a là un homme qui désire vous voir. Il demande qu’on l’introduise; il vous apporte, dit-il, une nouvelle importante.
LE VIEUX MOOR
Il n’y a pour moi au monde qu’une chose importante , tu le sais, Amalie.... Est-ce un malheureux qui a besoin de mon secours? Je ne veux pas qu’il parte d’ici en gémissant.
AMALIE.
Est-ce un mendiant? qu’il monte sur l’heure! (Daniel sort.)
LE VIEUX MOOR
Amalie! Amalie! épargne-moi!
amalie continue à jouer.
Jamais plus jo n’entendrai le bruit de tes armes;
Ton glaivo reposera dans la salle déserte.
C’en est fait de la race héroïque de Priam!
Tu iras où nul jour ne luit plus ,
Où le Cocyte gémit à travers les solitudes,
Où ton amour s’éteindra dans le Léthé.
Tous mes désirs, toutes mes pensées,
Le noir courant du Léthé les noiera ,
Mais non pas mon amour.
Écoute , le furieux exerce déjà sa rage près de nos murs.... Ceins-moi mon glaive, laisse là le deuil!
L’amour d’Hector ne mourra point dans le Léthé.
FRANZ; HERMANN, déguisé ; DANIEL.
Voici l’homme. Il vous apporte, dit-il, de terribles nouvelles. Pouvez-vous les entendre?
M les brigands.
LE VIEUX MOOR
Je n’en connais qu’une. Approche, mon ami, et ne m’épargne pas! Donnez-lui un gobelet de vin.
iiermann, déguisant sa voir.
Gracieux seigneur! pardonnez à un pauvre homme si, malgré lui, il vous perce le cœur. Je suis étranger dans ce pays, mais je vous connais très-bien , vous êtes le père de Charles de Moor.
LE VIEUX MOOR
D’où sais-tu cela?
HERMANN
J’ai connu votre fils....
amalie , avec transport.
Il vit? il vit? Tu le connais? Où est-il? Où? (Elle veut s'élancer hors de la chambre.)
LE VIEUX MOOR
Tu sais quelque chose de mon fils ?
HERMANN
Il étudiait à Leipzig. De là , il est allé, je ne sais jusqu’où, éburir le pays. Il a rèdé en tous sens par toute l’Allemagne, et, comme il me le disait, la tête nue, les pieds nus, mendiant son pain de porte en porte. Cinq mois après, éclata de nouveau la fatale guerre entre la Prusse et l’Autriche, et, comme il n’avait plus rien à espérer en ce monde, le son des tambours victorieux de Frédéric l’attira en Bohême. « Permettez-moi , dit-il au grand Schwérin, de mourir de la mort des héros, je n’ai plus de père. »
LE VIEUX MOOR
Ne me regarde pas, Amalie!
HERMANN
On lui donna un drapeau. Il suivit dans leur vol victorieux les armes de la Prusse. Le sort nous réunit sous la même tente. Il me parla beaucoup de son vieux père et de jours passés, de jours meilleurs.... et d’espérances déçues.... Nous avions les larmes aux yeux.
le vieux moor cache son visage dans l'oreiller.
Tais-toi, oh! tais-toi!