‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 32 sur 372 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

HERMANN

Huit jours après fut livrée la chaude bataille de Prague.... Je pui3 vous dire que votre fils s’est conduit comme un vaillant soldat. Il fit des merveilles aux yeux de l’armée. Cinq régiments se succédèrent auprès de lui, il resta à son poste. Les balles pleuvaient à droite et à gauche, votre fils resta à son poste. Une balle lui fracassa la main droite; votre fils prit le drapeau de la gauche, et resta à son poste....

amaue , transportée.

Hector, Hector! L’entendez-vous? il resta à son poste.... HERMANN.

Je le trouvai , le soir de la bataille , tombé sous les balles qui sifflaient; de la main gauche, il arrêtait son sang qui coulait à flots; la droite, il l’avait enfouie dans le sol. « Frère! me criat-il, le bruit a couru dans les rangs que le général était mort il y a une heure.... — Il est mort, répondis-je, et toi? — Eh bien! que tout brave soldat , s'écria-t-il , en retirant sa main gauche , suive comme moi son général ! » Peu après , il exhala sa grande âme, avide de rejoindre le héros.

franz, s'élançant avec fureur sur Hermann.

Que la mort enchaîne ta langue maudite! Es-tu venu ici pour donner à mon père le coup de la mort? Mon père! Amalie! mon père!

HERMANN

Ce fut la dernière volonté de mon camarade mourant. * Prends cette épée, dit-il dans le râle de la mort, tu la remettras h mon vieux père; elle est teinte du sang de son fils; il est vengé; qu’il s’en repaisse. Dis— lui que sa malédiction m’a poussé au combat et à la mort, que je suis tombé, en proie au désespoir!» Son dernier soupir fut Amalie.

amalie , comme réveillée en sursaut d’un sommeil de mort.

Son dernier soupir.... Amalie!

le vieux moor, poussant des cris affreux et s’arrachant les cheveux.

Poussé à la mort par ma malédiction! Tombé, en proie au désespoir!

franz , courant çà et l dans la chambre.

* O père, qü'avez-vous fait? Mon Charles,. mon frère!

J.ES nniGANDS.

HERMANN

Voici l’épée, et voici de plus un portrait, qu’il tira en même temps de son sein! 11 ressemble trait pour trait à cette demoiselle. « Ceci , dit-il , est pour mon frère Franz... » Je ne sais ce qu’il a voulu dire par là.

franz , feignant la surprise.

A moi le portrait d’Amalie? A moi, Charles, Amalie? A moi?

amalie, s'élançant virement sur Hermann.

Imposteur vénal, suborné! (Elle le saisit rudement.)

HERMANN

C’est ce que je ne suis pas, gracieuse demoiselle. Voyez vousmême si ce n'est pas votre portrait.... Peut-être le lui avez-vous donné vous-même !

FRANZ

Vrai Dieu! Amalie! ton portrait! C'est vraiment toi. amalie lui rend le portrait.

Moi! moi! O ciel et terre!

le vieux moor , criant et se déchirant le visage.

Malheur! malheur! Poussé à la mort par ma malédiction! Tombé , en proie au désespoir !

FRANZ

Et il s’est souvenu de moi dans la dernière et terrible heure du trépas, de moi! Ame angélique!... quand déjà la noire bannière de la mort flottait sur sa tête.... de moi!

le vieux moor, balbutiant.

Poussé à la mort par ma malédiction! Mon fils, tombé, en proie au désespoir!

HERMANN

Je ne puis supporter une telle douleur. Adieu, vénérable vieillard! (lias à Franz.) Pourquoi avez-vous fait cela, mon jeune seigneur? (Il s'éloigne rapidement.)

amalie , s’élançant pour courir après lui.

Reste! reste! Quelles furent ses dernières paroles? hermann lui crie en s'éloigmnt.

Son dernier soupir fut Amalie. (Il sort.)

amalie.

Son dernier soupir fut Amalie!... Non! tu n’es pas un im-

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