ACTE IV, SCÈNE II
Tromperie monstrueuse, inouïe, telle que l’humanité n'en a jamais vu de semblable!... Voilà donc pourquoi l’on s’opposait si opiniâtrément à la fuite!... C’était pour cela.... ô Dieu ! maintenant je m’éveille, maintenant tout se dévoile à moi. C’est pour cela qu’on abandonnait si héroïquement toute prétention à mon amour, et peu s’en faut, bien peu, que ce masque céleste ne m'ait trompé moi-môme. (Il court avec plus de violence par la chambre, puis s’arrête de nouveau, pensif.)
Pénétrer ainsi jusqu’au fond de mon être!... Répondre à mes sentiments les plus hardis, à toutes mes impressions mystérieuses et timides, à toutes mes ardeurs brûlantes.... Saisir mon âme dans ses vibrations les plus vagues , les plus délicates , les plus indéfinissables.... M'apprécier par une seule de mes larmes.... M’accompagner sur tous les sommets escarpés de la passion , venir au-devant de moi sur le bord des abîmes qui donnent le vertige.... Dieu! Dieu! et tout cela rien que grimace?... grimace?... Oh! si le mensongeades couleurs qui tiennent si bien, comment se fait-il que jamais démon n’ait encore pu se glisser traîtreusement dans le royaume des cieux ?
Quand je lui découvris le danger que courait notre amour, avec quelle fausseté persuasive elle a pâli, la perfide! Avec quelle dignité triomphante elle a terrassé la cynique raillerie de mon père , et pourtant, dans ce moment-là même, cette femme se sentait coupable.... Quoi? n’a-t-elle pas subi jusqu’à l'infaillible épreuve de la vérité?... l’hypocrite tombe évanouie. Quelle langue parlerez-vous désormais, sentiments vrais du cœur ? Les coquettes aussi tombent évanouies. Comment te justifieras-tu, innocence?... Les catins aussi tombent évanouies.
Elle sait ce qu’elle a fait de moi. Elle a vu toute mon âme. Quand notre premier baiser enflamma mon visage, mon cœur entra visiblement dans mes yeux , et elle ne sentit rien ? ne sentit peut-être que le triomphe de son art?... Quand mon heureux délire se flattait d’étreindre , en sa personne , tout le ciel; que mes désirs les plus fougueux se taisaient! que devant mon âme il n’y avait plus d’autre pensée que l’éternité et cette jeune fille.... Dieu ! alors elle ne sentait rien! ne sentait rien que le succès de son plan ? rien qu’un hommage rendu à ses charmes? Mort et vengeance! rien, sinon que j’étais trompé ?
L’INTRIGUE ET L’AMOUR