SCÈNE VIII
MILADY, seule , demeure consternée el hors d'elle, le regard fixé sur la porte par laquelle Louise est sortie; enfin elle s'éveille de sa stupeur.
Qu’était-ce donc! Qu’ai-je éprouvé? Qu’a dit la malheureuse?... Encore, ô ciel! encore en ce moment, ils déchirent mon oreille ces mots terribles, ces mots qui me condamnent : « Prenez-le!... » Qui, infortunée? Le don du râle de ta mort?... l'horrible legs de ton désespoir ? Dieu ! Dieu ! suis-je tombée si bas?... si subitement renversée de tous les trônes de mon orgueil, que j’attende, affamée, ce que me jettera, dans sa dernière agonie, la générosité d’une mendiante?... « Prenez-le! » et elle dit cela d'un ton.... et elle accompagne ces mots d'un regard.... Ah! Emilie! est-ce pour cela que tu as franchi les limites de ton sexe? Etait-ce la peine de prétendre au nom imposant de magnanime Anglaise, pour que l'éditice pompeux de ta gloire croulé t devant la vertu supérieure d’une petite bourgeoise sans éducation?... Non, orgueilleuse infortunée!... On peut faire rougir Emilie Milford.... mais non l’avilir. Moi aussi, j’ai la force de renoncer. (Allant et venant d'un pas majestueux.) Cache-toi maintenant, femme délicate et souffrante!... Disparaissez, douces visions, rêves d'or de l’amour.... Que la grandeur d'éme soit maintenant mon seul guide.... Ce couple d'amants est perdu, ou il faut que Milford abandonne ses prétentions et s’éteigne dans le cœur du prince. ( Après une pause , vivement.) C’est fait.... 11 est levé, le terrible obstacle!... Tous les liens sont rompus entre moi et le duc.... Cet amour furieux est arraché de mon sein.... Je me jette dans tes bras, vertu!... Accueille-la , ta tille repentante, Emilie!... Ah! comine je me sens bien !.,. Comme tout à coup je me sens légère et élevée!... Grande comme un soleil qui tombe des cieux , je veux aujour-