‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 352 sur 372 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LOUISE est assise, muette et sans mouvement, dans un coin obscur de la chambre, la tête renversée sur son bras. Après une longue pause de profond silence, MILLER entre, tenant à la main une lanterne, qu'il promène avec inquiétude dans la chambre, sans remarquer Louise; il met ensuite son chapeau sur la table et dépose la lanterne.

MILLER

Elle n’est pas non plus ici.... Ici non plus.... J’ai été par toutes les rues, chez toutes nos connaissances, j’ai demandé à toutes les portes de la ville.... Nulle part on n’a vu mon enfant. ( Après un moment de silence.) Patience, pauvre malheureux père! Attends jusqu’à demain matin. Peut-être alors La fille unique viendra-t-elle flotter au rivage.... Dieu! Dieu! Si j’ai attaché moncœuravec trop d’idolâtrie à cette enfant!... Le châtiment est dur. Père céleste , bien dur ! Je ne veux pas murmurer, Père céleste, mais le châtiment est dur. (Il se jette, accablé de douleur, sur une chaise.)

Louise lui parle du coin où elle est.

Tu as raison, pauvre vieillard! Habitue— toi, tandis qu’il en est encore temps, à la douleur de perdre.

miller s'élance de sa chaise.

Es-tu là, mon enfant? Est-ce toi?... Mais pourquoi ainsi seule et sans lumière ?

LOUISE

Je ne suis pas seule pour cela. Quand tout devient ainsi bien

L’INTRIODE ET I.’AMOUR.

noir autour de moi, c’est le moment où j'ai mes plus chères visites.

MII.LER.

Que Dieu te garde! H n’y a que le ver de la conscience qui rêve avec le hibou. Les pécheurs et les mauvais esprits redoutent la lumière.

LOUISE

L’éternité aussi, mon père, qui parle à l’âme sans intermédiaire.

Enfant! enfant! Quels sont ces discours?

Louise sc lève et vient sur le devant de la scène.

J’ai combattu un rude combat. Vous le savez, mon père! Dieu m’a donné la force. La lutte est finie. Mon père, on a coutume de nouimeT notre sexe faible et fragile. Ne croyez plus cela. Nous frissonnons à la vue d’une araignée, mais nous pressons, en jouant, dans nos bras, le noir fantôme de la mort. Apprenez la nouvelle, mon père! Votre Louise est joyeuse.

MILLER

Écoute, ma fille! je voudrais t’entendre sangloter. Tu me plairais mieux ainsi.

LOUISE

Comme je l’attraperai, mon père! Comme je tromperai le tyran!... L’amour est plus fin que la méchanceté et plus hardi.... Il ne savait pas cela, l’homme à l’étoile sinistre.... Oh! ils sont malins, tant qu’ils n’ont affaire qu’à la tète, mais dès qu’ils engagent la partie avec le cœur, les méchants deviennent bêtes.... Il a cru sceller sa fourberie par un serment. Les serments, mon père, enchaînent sans doute les vivants, mais, dans la mort, fond aussi le lien de fer des plus saintes promesses. Ferdinand connaîtra sa Louise.... Voulez-vous faire parvenir ce billet, mon père? Aurez-vous cette bouté?

MILLER

A qui, ma fille?

LOUISE

Singulière question! L’infini et mon cœur n’ont point, à eux deux, assez de place pour une seule pensée se rapportant à lui.... A qui du reste aurais-je jamais pu écrire?

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