ACTE V, SCÈNE
MILLER, inquiet.
Kcoute, Louise! Je romps le cachet de la lettre.
LOUISE
Comme vous voudrez, mon père.... mais elle ne vous instruira guère. Les lettres sont couchées sur le papier comme de froids cadavres et ne vivent que pour les yeux de l’amour.
MILLER lit.
« Tu es trahi, Ferdinand.... Une scélératesse sans exemple a i rompu le lien de nos coeurs, mais un serment terrible a en-
* chaîné ma langue, et ton père a posté partout ses espions.... « Cependant, si tu as du courage, mon bien-aimé!... je sais un « lieu tiers où aucun serment n’enchaîne plus et où ses espions
* n’ont pas accès. » (.1 liller s'arrête et la regarde sérieusement au visatje. )
LOUISE
Pourquoi me regardez-vous ainsi? Achevez donc de lire, mon père.
MILLER
« Mais il faut que tu aies assez de courage pour t'engager « dans une sombre voie , où rien ne t'éclairera que ta Louise et « Dieu.... Il faut que tu viennes tout amour, que tu laisses à la
* maison toutes tes espérances, tous tes désirs impétueux ; rien « ne pourra te servir que ton cœur.... Veux-tu?... Alors pars « quand la cloche frappera le dernier coup de minuit dans la « tour des Carmélites. Si tu as peur.... alors efface auprès du
* nom de ton sexe le mot « fort », car une jeune fille t’aura fait « honte. » (Miller pose le billet et regarde longtemps devant lui d'un œil fixe et douloureux ; enfin, il se tourne vers elle et dit d’une voix faible et brisée:) Et ce lieu tiers, ma fille?
LOUISE
Vous ne le connaissez pas? Vous ne le connaissez réellement pas, mon père?... C’est étrange! Le lieu est dépeint de telle sorte qu'on doit le trouver sans peine. Ferdinand le trouvera.
MILLER
Hum! parle plus clairement.
LOUISE
Je ne sais en ce moment, pour le nommer, aucun mot aimable.... 11 ne faut pas vous effrayer, mon père, si je vous dis
L’INTRIGUE ET L’AMOUR
un nom qui est laid. Ce lieu.... Oh! pourquoi l’amour n'a-t-il pas inventé des noms? il lui aurait donné le plus beau de tous. Ce lieu tiers, mon bon père.... mais il faut que vous me laissiez achever.... ce lieu tiers est le tombeau.
Miller va tomber, en chancelant, sur un siéye.
Oht mon Dieu!
louise va à lui et le soutiail.
Mais non, mon père! Ce sont des terreurs qui ne s’attachent qu’au nom.... Kcartez-le, et vous voyez devant vous un lit nuptial, sur lequel l'aurore étend son tapis d’or et que chaque printemps jonche de ses guirlandes aux mille couleurs. Le pécheur, dans ses hurlements, a seul pu injurier la mort du nom de squelette; c'est un enfant charmant et aimable, tout florissant, comme on peint le dieu de l'amour, mais avec moins de malice.... un génie calme et secourable, qui offre son bras au pèlerin, à la pauvre <lme fatiguée, pour l’aider à franchir le fossé du temps, qui lui ouvre le palais magique de la gloire éternelle, le salue amicalement de la tète et disparait.
MILLER
Quel est ton projet, ma fille?... Tu veux attenter toi-même à ta vie?
LOUISE
N’appelez pas cela ainsi , mon père. Quitter une société où l'on ne se soucie pas de moi.... m’élancer d’avance en un lieu dont je ne puis plus être absente.... est-ce donc là un péché?
MILLER
Le suicide est le plus affreux de tous, mon enfant!... Le seul dont on ne puisse se repentir, parce que la mort et le crime coïncident.
louise demeure pétrifiée.
C’est horrible!... Mais cela n’ira pas si vite. Je veux me jeter dans la rivière, mon père, et, en allant à fond, j’implorerai la miséricorde du Dieu tout-puissant.
MILLER
C'est-à-dire que tu te repentiras du vol dès que tu en sauras le produit en sûreté.... Ma fille! ma fille! prends garde à ne pas te jouer de Dieu, quand tu as plus que jamais besoin de lui.' Oh!