SCÈNE IY
FERDINAND , Seul.
Son unique enfant!... Sens-tu cela, meurtrier? L’unique, meurtrier? Entends-tu , l'unique ?... Et cet homme , dans le vaste univers du bon Dieu , n’a que son instrument et cet enfant unique.... Tu veux le lui ravir?... Ravir? ravir le dernier denier à un mendiant ? Jeter aux pieds du perclus sa béquille brisée ? Comment? En aurai-je aussi le cœur?... Et s’il accourt, impatient de calculer sur le visage de sa fille toute la somme de ses joies, et qu’en entrant il voie cette fleur couchée à ses pieds.... flétrie.... morte.... écrasée de gaieté dé cœur.... sa dernière, son unique, son incomparable espérance.... Ah ! et s’il est là devant elle , et que la nature entière n’ait plus pour lui un souffle de vie , et que son regard glacé parcoure en vain l’immensité dépeuplée, et cherche Dieu, et ne puisse plus trouver Dieu et revienne à lui, vain et déçu!... Dieu! Dieu! Mais mon père aussi n’a que ce fils unique.... Ce fils unique, mais non cette unique richesse.... ( Après une pause.) Mais après tout cependant , que perd-il donc ?
L’INTRIGUE ET L’AMOUR
La jeune fille pour qui les sentiments les plus sacrés de l’amour n’étaient que des jouets, pourrait-elle rendre un père heureux?... Non, elle ne le peut! elle ne le peut! Et je mérite même des remerclments, pour écraser la vipère, avant quelle ait aussi blessé son père.