‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 367 sur 372 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

nir malheureux : elle le savait. Mort et damnation! elle le savait, et pourtant elle m’a trahi.... Vois, serpent! c'était ta seule chance de pardon.... Cet aveu est ta mort.... Jusqu’ici je pouvais pallier ton crime au moyen de la simplicité; par mon mépris tu aurais presque échappé à ma vengeance. ( Saisissant soudain le verre.) Ainsi tu n'as pas été légère.... tu n’as pas été stupide.... tu étais un démon. {Il boit.) Cette limonade est fade comme ton âme.... Goûte!

LOUISE

O! ciel ! Ce n’est pas sans raison que j’ai craint cette scène. Ferdinand, d'un ton impérieux.

Goûte !

louise prend le verre un peu à contre-cœur et boit. Ferdinand se détourne, au moment où elle porte le verre à ses lèpres, et palissant soudain , il se retire à la luite au fond de la chambre.

LOUISE

La limonade est bonne.

Ferdinand, sans se retourner, et saisi de frissons.

Bien te fasse!

louise, après avoir posé le verre.

Oh! si vous saviez, Walter, comme vous outragez affreusement mon âme !

FERDINAND

Hum !

LOUISE

Il viendra un temps, Walter....

Ferdinand, revenant sur le devant de la scène.

Oh ! nous n'avons plus rien à faire avec le temps , ce me semble.

LOUISE

Où le soir d’aujourd’hui pourra peser bien lourdement sur votre cœur....

Ferdinand commence à marcher à grands pas et devient plus inquiet. — Jetant loin de lui son écharpe et son épée .

Adieu , service des princes !

LOUISE

Mon Dieu! Qu’avez-vous I

L’INTRIGUE ET L’AMOUR

FERDINAND

Je brûle et je suis oppressé.... Je veux me mettre à mon aise.

LOUISE

Buvez! buvez! Cette boisson vous rafraîchira.

FERDINAND

Oui, sans aucun doute.... La catin a bon cœur.... mais elles sont toutes de même.

Louise , courant dans ses bras.

Parler ainsi à ta Louise, Ferdinand?

Ferdinand la repousse.

Va-t’en! va-t’en! Arrière ces doux et tendres regards! Je succombe. Viens dans ton affreuse horreur, serpent! bondis contre moi, reptile! Déroule devant moi tes nœuds épouvantables! Dresse tes anneaux contre le ciel!... aussi monstrueux que tu apparus jamais à l’abîme infernal.... mais, que je ne voie plus l’ange.... De grâce, plus d’ange maintenant.... Il est trop tard.... Il faut que je t'écrase, comme une vipère, ou je tombe dans le désespoir.... Aie pitié !

LOUISE

Oh ! que nous en soyons venus là !

Ferdinand, la regardant de ctilé.

Ce bel ouvrage du céleste sculpteur!... Oui pourrait le croire?... Qui devrait le croire ? ( Saisissant sa main et la levant vers le ciel.) Je ne veux pas te citer à mon tribunal, Dieu créateur!... Mais pourquoi mettre ton poison dans un si beau vase?... Le vice peut-il germer et croître sous un climat si doux?... Oh! c’est étrange.

LOUISE

Entendre cela et être forcée de se taire!

Et cette voix douce et mélodieuse!... Comment’dcs cordes brisées peuvent-elles rendre de si beaux sons? (Il la contemple d'un œil ivre d’amour.) Tout si beau.... si bien proportionné.... si divinement parfait!... Rien qui ne marque la plus tendre préférence du Créateur! Par le ciel! on dirait que ce vaste univers n'a pris naissance que pour mettre le Très-Haut en humeur de former son chef-d’œuvre!... Et pour l’âme seule Dieu

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