ACTE V, SCÈNE VII
se serait mépris? Est-il possible qu’un monstre aussi révoltant soit entré dans ce corps sans défaut? [Il s'éloigne d'elle tout à coup.) Ou bien a-t-il vu qu’un ange naissait sous son ciseau et a-t-il en toute hâte corrigé son erreur en lui donnant un cœur d’autant plus mauvais?
LOUISE
Oh! la criminelle obstination! Plutôt que de se reconnaître coupable d'un jugement trop précipité, il aime mieux s’en prendre au ciel.
Ferdinand se jette à son cou, en pleurant amèrement.
Encore une fois, Louise!... Encore une fois, comme au jour de notre premier baiser, quand tu balbutias le nom de Ferdinand et que le premier tu vint sur tes lèvres brûlantes.... Oh! il semblait que ce moment contint le germe des joies infinies, ineffables, comme le bouton contient la fleur!... L’éternité était là devant nos yeux comme un beau jour de mai ; des siècles d'or passaient devant notre âme, comme un chœur de jeunes fiancées.... Alors j'étais heureux entre tous!... O Louise, Louise! Pourquoi m’as-tu fait cela ?
LOUISE
Pleurez, pleurez, Walter! Votre douleur sera plus juste envers moi que votre emportement.
Tu te trompes. Ce ne sont pas des larmes de douleur.... Ce n’est pas cette chaude et voluptueuse rosée qui coule comme un baume sur les blessures du cœur et remet en mouvement les rouages engourdis de l'âme sensible. Ce sont des gouttes froides,... qui tombent une à une.... c’est l’horrible et éternel adieu de mon amour, (duce une effrayante solennité, en laissant tomber sa main sur la tête de Louise.) Ce sont des larmes que je pleure sur ton âme, Louise!... sur la divinité dont la bienveillance infinie est venue échouer ici, et à qui l’on enlève de gaieté de cœur le plus beau de ses ouvrages.... Oh! il me semble que toute la création devrait prendre le deuil et se montrer consternée de cet exemple donné au milieu d'elle.... C’est chose ordinaire que les hommes tombent , que des paradis soient perdus; mais quand la peste sévit parmi les ange3, il faut proclamer le deuil dans toute la nature.
SCHILLEB. — TH. I
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