‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 47 sur 372 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

MOOR

Arrière! qu’il rende grâces à son infamie, elle le sauve. Il ne doit pas mourir de la mort qui nous attend, mon Schweizer, mon Roller et moi. Fais-lui ôter ses habits; je dirai que c’est un voyageur et que je l’ai volé.... Sois tranquille, Schweizer, je te le jure, il sera pourtant pendu un jour.

UN MOINE entre.

le moine, à part, peu rassuré.

Est-ce là ce nid de dragons?... Avec votre permission, messieurs! Je suis un serviteur de l’Église, et ils sont là dehors dixsept cents qui veillent sur chacun des cheveux de ma tête.

SCHWEIZER

Bravo! bravo! C’est bien parlé, pour se tenir l’estomac chaud.

MOOR

Tais-toi, camarade!... Dites-moi en deux mots, mon révérend, que venez-vous faire ici?

LE MOINE

Je suis envoyé par la justice suprême qui prononce sur la vie et la mort.... Vous, voleurs.... incendiaires.... coquins.... venimeuse couvée de vipères, qui vous glissez dans les ténèbres, et piquez en cachette.... rebut de l’humanité.... engeance infernale.... délicieux régal pour les corbeaux et la vermine.... colonie pour la potence et la roue....

Chien! cesse tes injures, ou.... (Il lui appuie sa crosse sur le visage.)

MOOR

Fi donc! Schweizer. Tu lui fais perdre le fil.... il a si bien appris son sermon par cœur.... Vous 11’avez qu’à continuer, mon révérend!... « Pour la potence et la roue? »

LE MOINE

Et toi, digne capitaine! duc des coupeurs de bourse, roi des larrons, Grand Mogol de tous les coquins sous le soleil! tout semblable à ce premier instigateur de sédition, à ce chef abominable qui entraîna mille légions d'anges innocents dans le feu de la révolte et les lit tomber avec lui dans le profond abîme de „

80 LES BRIGANDS

la damnation.... les lamentations des mères délaissées hurlent sur tes traces, tu bois le sang comme de l’eau, et sur ton poignard homicide les hommes ne pèsent pas autant qu’une bulle d’air....

MOOR

Très-vrai! très-vrai! Continuez.

LE MOINE

Quoi? très-vrai, très-vrai? Mais est-ce là une réponse?

moor.

Comment, mon révérend? Ah! sans doute, vous n'étiez pas préparé à cela? Continuez, continuez toujours. Que vouliez-vous dire encore?

le moine, avec chaleur.

Homme affreux! éloigne-toi de moi! Le sang du comte d’Empire que tu as égorgé ne colle-t-il pas encore à tes doigts maudits? N’as-tu pas forcé, de tes mains rapaces, le sanctuaire du Seigneur, et dérobé par un larcin sacrilège les vases sacrés de la cène? Quoi! n’as-tu pas jeté dans notre ville pieuse des tisons enflammés ? et fait crouler la tour des poudres sur les têtes de bons chrétiens? ( Joignant vivement les mains.) Horribles, horribles attentats! dont la vapeur infecte monte jusqu’au ciel, pour armer les vengeances du jugement dernier et hâter sa terrible irruption! crimes mûrs pour le châtiment, et qui appellent sans délai le signal de la dernière trompette!

MOOR

C’est jusqu’ici un chef-d’œuvre d'éloquence! Mais au fait! qu'avez-vous à m'annoncer de la part des très-louables magistrats?

LE MOINE

Une faveur que tu ne seras jamais digne de recevoir.... Regarde autour de toi, incendiaire! De quelque côté que tu tournes les yeux, tu es cerné par nos cavaliers.... Il n’y a plus d'is3ue pour échapper.... Aussi vrai que ces chênes porteront des cerises, ces sapins des pêches, aussi vrai vous tournerez le dos sains et saufs à ces chênes et à ces sapins.

MOOR

Entends-tu bien, Schweizer?... Mais continuez toujours.

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