SCÈNE IV
Le jardin.
AMALIE.
« Tu pleures, Amalie?... » et il a dit cela d'une voix, d'une voix.... il me semblait que la nature se rajeunissait.... que je voyais poindre, ù cette voix, les printemps écoulés de l’amour! Le rossignol chantait comme alors.... les fleurs exhalaient leur parfum d’alors.... et j'étais suspendue, ivre de bonheur, à son cou.... Ah! cœur faux et sans foi! comme tu veux embellir ton parjure! Non, non, sors de mon âme, coupable image!... je n’ai pas rompu mon serment, ô mon unique bien-aimé! Loin de mon âme, vœux perfides et impies! Dans le cœur où règne Charles, aucun fils de la terre ne peut habiter.... Mais pourquoi, mon âme, revenir ainsi toujours et malgré toi à cet étranger! N'est-il pas comme étroitement lié à l’image de mon unique bien-aimé! N’est-il pas comme son éternel compagnon! «Tu pleures, Amalie!... » Ah! je veux le fuir!... fuir!... Jamais mes yeux ne doivent revoir cet étranger!...
LE BRIGAND MOOR ouvre la porte du jardin. amalie tressaille.
Ecoute! écoute! N'ai-je pas entendu le bruit de la porte? (Elle aperçoit Cfmrles et fait un bond.) Lui?... Où aller?... Quoi?... Me voilà comme enracinée, et je ne puis fuir.... Ne m’abandonne pas, Dieu du ciel!... Non, tu ne m’arracheras pas mon Charles! Il n’y a point de place dans mon âme pour deux divinités, et je suis une fille mortelle! (Elle tire de son sein le portrait de Charles.) Toi , mon Charles, sois mon bon génie contre cet étranger qui vient troubler mon amour! Te voir, toi, toi, sans détourner les yeux, et plus de regards impies sur cet homme. (Elle demeure assise, les yeux constamment fixés îuç le portrait.)
Vous ici, mademoiselle?... et triste? et une larme sur ce