‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 1 sur 311 · Oeuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de Schiller · texte numérisé non relu

Oeuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de Schiller

HIINCR r.MER AUX AMIS DES ARTS ET DES LETTnEK ZEI.K POUR TOUS LES URANDS SOUVENIRS DE SA PATRIE RESTA1;RATEUR de l'antique WARTROmo r.ARDIEN \TOILANT ET

FAUTEUR OÊNÈRKUX DK LA r.LOIRE PLUS RÉCENTE QUI DK WEIMAR RAYONNA SUR L’ALLEMAONK

DIfiNE PETIT-FILS DE CHARLES-AUfillSTE

DE CEI. I l QUI DANS Uk DERNIÈRE DEMEURE REPOSE ENTRE

SCHILLRR KT GOETHE

PRÉFACE

L’Allemagne est à la veille de célébrer le centième anniversaire de la naissance de Schiller par une de ces solennités vraiment nationales auxquelles tous prennent pari, grands et petits, savants et ignorants, et qui ne consistent pas seulement en hommages officiels et publics, mais se fêtent surtout dans les coeurs. Chez nos voisins. Schiller est connu de tous, aimé de tous, regardé, avec raison, comme le représentant le plus fidèle de l'esprit de la nation, de ses sentiments, de ses instincts, de ses aspirations. Je comprends qu’ils soient fiers de se reconnaître en lui , qu’ils aiment à se contempler dans un tel miroir qui leur renvoie leurs traits à la fois si ressemblants et si nobles et si purs. A ce motif de leur enthousiasme il s’enjoint d'autres de l’ordre le plus élevé ; mais il suffirait à lui seul, on en conviendra, pour exphquer cette sorte de culte qu’ils ont voué à l’auteur de Guillaume Tell : en l’honoraut, ils s’honorent eux-mêmes.

Je me félicite que les quatre premiers volumes de notre traduction, qui renferment les poésies détachées et le théâtre de Schiller,

BCBlLLCa. — POÉSIES. O

PRÉFACE

c’esl-k-dire ses œuvres les plus appréciées en tous lieux, et, h bon droit,les plus admirées, paraissent juste au momeut de ce jubilé, et viennent se joindre connue un sincère hommage ])arti do la France aulriomplie que lui décernent ses compatriotes'. Schiller, par sa manière de sentir et do dire, est le plus allemand des poètes d’outre- Rliin; mais par le point de vue auquel il s'élève généralement, et par ses tendances constantes, il est do tous aussi le plus humain, le plus rnsmopulito, le moins enfenné dans les limites du lieu et du temjis où il vit. Nous associer h ceux qui le célèbrent, ce n’est point jirendi-e part à une fête de clocher ni de province ; il est partout, à le i)reudro au temps de sa maturité et de ses vrais chefsd'œuvre, le poète de toutes les âmes généreuses, de tous les vrais amis de l’humanité, de quiconque a foi au progrès. Puis, par le droit du génie, il est du petit nombre de ces grandes figures de l’histoire littéraire qui appartiennent h tous les siècles, à toutes les contrées ; il compte ]>armi ces phares resplendissants, qui , tout en restant attachés au port, h la plage où ils s’élèvent, rayonnent au loin et éclairent tout le domaine des lettres et des arts.

Schiller, qui a commencé de très-bonne heure à écrire eu vers et en prose, n’est pas dans tous scs ouvrages également pur, également beau. Ses productions se divisent en plusieurs périodes bien distinctes. Dans celles de sa jeunesse, il y a de nombreux détails, des pages , plus d'un opuscule entier que l’homme de goût effacerait volontiers, et que ccux-lù surtout ne peuvent s’empêcher de condamner, qui ne séparent jamais, ni dans leur esprit, ni dans leur cœur, le beau du vrai et du bien. Dans les œuvres même qui ne sont plus des essais, des ébauches, il y a tel principe, telle doctrine, que non-seulement le chrétien, mais le philosophe le moins préoccupé d’un symbole de foi révélé ])cnt, tout en se les expliquant par la vie même do l’auteur et par l’es])rit do son temps, et en rendant justice h la droiture parfaite do ses intentions, trouver faux et dangereux, .soit en eux-mêmes, soit dans leurs conséquences. On pourrait çù et lù hésiter à traduire, çà et là se repentir d’avoir tra-

1. M.. Hachette, qui entend d’une manière si tibèralo, ainsi que ses honorables associés, tes bons rapports et échanges inleltcctuels entre les nations, n’a rien négligé pour que, .V tous égards, cet hommage fût digne d’une telle circonstance, digne du pays à qui il est oITcrt, comme du pays d’où il vient.

PRÉFACE

ni

duit, si, en somme, lïmpression de l’enserablo n’était salutaire; si la voie, malgré quelques détours, ne menait h un noble but, ou du moins, car le but a peut-être quebpie chose «le vague et li'ind*’'fini, ne conduisait par do hautes et sereines n'gions où il est bon de séjourner à ceux que la foi n’élève pas plus haut encore. Schiller, comme à son insu, je l’ai dit ailleurs, est, par la nature même do son inspiration, tout imprégné de christianisme lù même où il est le moins chrétien : il ouvre l'Ame de ses lecteurs au désir do l'excellent et du parfait; et, no pouvant par co qu’il leur offre lui-méme apaiser la soif qu’il fait naître, les jniusse et les préqare ù mieux.

Jusqu'ici on n’a pas publié en Franco de traduction complète des Œuvres de Schiller. Entre les traductions de telle ou telle ]Kirlie de ses ouvrages, et s«irtout parmi celles du théâtre et des poésies, il en est qui se recommandent par les noms de leurs auteurs et dont nous ne roulons ici ni contester ni appn'cier le mérite. Nous dirons seulement qu’aucune d’elles ne nous a paru si évidemment excellente et définitive qu’il fallût s’interdire toute tentative nouvelle, et renoncer, pouréviter cette concurrence partielle, à entrejirendre une traduction complète.

Une autre considération d’une nature toute différente m’a fait hésiter pendant quelque temps, je l’avoue. Lien que nous ne soyons plus aussi exclusifs qu’autrefois et que, tout en restant fidèles à nos gloires nationales, ù l’admiration que nous avons vouée à nos grands modèles et h ceux que nous offre l’antiquité classique, nous reconnaissions que d’autres races, d’autres contrées ont produit aussi des esprits excellents; que le beau est un, mais que les voies par lesquelles l'homme y tend ici-bas diffèrent : malgré ces habitudes plus libérales et plus hospitalières du goût français, je me suis demandé si ce serait agir dans l’intérêt de la gloire de Schiller que de le traduire tout entier dans notre langue. Jusqu’ici, parmi nous, les hommes d’un esprit cultivé qui ignorent ralleraaml, ne connaissent Schiller, pour la plupart, que j«r ses chefs-d’œuvre; un bon nombre même, pou curieux ou de peu de loisir, savent seulement qu’il est un des plus grands noms de l'Allemagne, répètent de confiance les titres de ses drames les plus célèbres, et l’admirent sur parole. Entre ces derniers, s’il eu est qui prennent en main la traduction que nous publions, il y en aura sans doute bien peu qui lisent autre chose que ses ballades

PRÉFACE

et ses drames, et, pourru que notre version nouvelle ne reste pas audessous de celles qui e.\istenl déjà, nous ne ferons auprès de ceux-là aucun tort au grand écrivain, mais plutôt quelque bien, toutes les fois que nous aurons réussi, comme ce serait le devoir de qui vient après, à le mieux rendre que ceux qui nous ont précédé. Pour les esprits plus attentifs, plus amis de l’étude .sérieuse, qui voudront le connaître tout entier, ils auront, sans aucun doute, eu lisant dans notre publication ceux de ses ouvrages qui leur sont inconnus, celle pensée toujours présente, qu’une traduction, quelque consciencieuse qu’elle puisse être, n’est, comme on l’a dit tant de fois, qu’un calque infidèle et insuffisant, une gratmre, un dessin à la place d’une peinture ou d’une sculpture; ils nous imputeront à nous plus qu’à l'original une bonne part des imperfections de pensée ou de style qu'ils pourront rencontrer çà et là ; ils s’en prendront de ce qui les étonnera dans certaines façons de concevoir les choses et de les rendre à la différence du génie des deux langues, différence qui tient assurément en très-grande partie au génie même des races et des nations, mais qui d'effet devient cause et exerce à son tour une puissante inlluencc sur la manière de pen.scr et de sentir de ceux qui parlent et écrivent ces langues; ils ajouteront enfin, dans le jugement à porter de notre auteur, tout ce qu'il peut ainsi perdre de grandeur et de beauté, et corrigeront les erreurs d’optique et de perspective. Même eu admettant qu’ils agissent ainsi, je ne veux pas prétendre qu’il ne soit pas plus avantageux pour tout auteur qui a beaucoup écrit de n’êlre connu que par ses chefs-d’œuvre. Mais Schiller gagnera à un double point de vue à paraître aux yeux tout entier. D’abord la diversité de ses aptitudes rehausse le lustre que chacune d’elles en particulier a répandu sur lui. Je ne crois pas qu’il y ait un autre exemple d’un grand poète dramatique et lyrique qui se soit plaa' aussi haut dans l’histoire et la philosophie, au moins dans celte partie de la philosophie que nos voisins appellent l’esthétique et qui traite du beau dans les arts et dans les lettres. Puis, pour le comprendre complètement dans ses poésies, il faut connaître ses autres œuvres : l’bistorien et surtout le philosophe expliquent le poète. Entre son début et l’époque de sa parfaite maturité, il y eut un moment de crise et de lutte, où ces trois genres, ces trois talents, après s’èire disputé ses préférences, formèrent entre eux une heureuse alliance, qui les maintint

PRÉFACE

quelque temps dans une sorte d'équilibre ; mais la poésie finit par prendre le dessus avec éclat, et par absorber en elle les forces des deux tendances rivales, ou mieux par s’élever sur le solide fondement des études d’histoire et de philosophie. La publication des Œuvres complètes de Schiller tourne à sa gloire d’mie autre manière encore, en même temps qu'elle offre un salutaire exemple. Elle permet d’apprécier le progrès vraiment incroyable que l’auteur do IVallenslein a accompli depuis ses premiers es.sais aventureux jusqu’à ses derniers chefs-d’œuvre, des Brigands à Guillaume Tell, des Conquérants au Plongeur, de sa these swr T Union de l’dme el du corps à son traité de la Poésie naïve el de sentiment, de ses premières lettres à sa correspondance avec K(crner, avec Goethe, avec G. de Humboldt, etc. La distance parcourue, les degrés franchis, font autant d’honneur à son caractère qu’à son esprit et montrent comljien est grande l'influence de la volonté sur le talent, ou plutôt combien ces deux forces s’excitent et s’aident réciproquement. On ne veut avec tant d’ardeur et de constance que lorsqu’on j>eut victorieusement, et à sou tour un tel vouloir double le jKtuvoir. Mais qu’est-il besoin de justifier par de telles raisons notre entrej>rise? La grande place que tient Schiller dans l’histoire des lettres allemandes, et |«r couséquont dans l’histoire de l’esprit humain, apj>elle l’attention sur tout ce qu’il a été comme sur tout ce qu’il a fait. U est de ceux dont rien ue ])eut se déioher aux yeux ui demeurer ignoré : il n’a ])uint à craindre, j’ai essayé de le faire voir, cette entière révélation; mais, quand elle eût pu lüuruer contre lui, les droits de la vérité .sont supérieurs à tous les auties. Qui dit haut rang dit haute responsabilité, et surtout au temps où nous vivons, temps de curieuses recherches et de critique approfondie, celui qui réunit pour un procès quelcouque, qu’il soit de canonisation ou de condamnation, toutes les pièces de l’enquête, n’a point à s’excuser vis-à-vis de ceux qui, en léguant leur nom à la postérité, se sont faits l’objet d’un tel procès, d’une telle enquête. Notre seul tort pourrait être, car éditeur el traducteur ce n’est jmint même chose, d’avoir involontairement, |iar notre fait ou le fait même de notre langue, altéré les pièces du jugement. A cet égard, nous pourrons répondre au moins du soin consciencieux que nous avons apporté à notre tâche; nous savions (pi’un tel soin était surtout un devoir envers un auteur qui, comme Schiller, était lui-incmesi consciencieux,

PRÉFACE

et qui, à mesure qu’il dcvonaîl plus a^liNbre et se savait plus poûté, exigeait plus de soi et se cuuteutait plus difiicilemciit.

Notre traduction des Œuvres coruplêtes de Schiller formera dix volumes. Le premier contiendra les poésies détachées; les trois s\nvants le théâtre; le cinquième et le sixième, les doux grandes histoires (/?ci>o/te des Paijs-llas et Guerre de trente ans), avec les opuscules historiques; le .septième, les auivres philoso|>hi(|uus, et les mélanges divers, i>armi les<]ucls so trouveront le roman épistolaire inachevé, intitulé le Visionnaire, et ([ueJques récits qui sont on («irtie histoire et on partie fiction. Les trois derniers renfenneront toute la corres|)ondancc connue et publiée jusqu’il présent. I>es lettres k Kcerner et les lettres li Goethe en sont, au point de vue littéraire, la portion la plus intéressante. Nous avions d'abord pensé h faire un choix dans les autres ; mais , comme nous ne voulions rien omettre qui eftt rapport à l'histoire de l'auteur et de ses ouvrages ou qui ])ût répandre quelque lumière sur celle de son temps et de ses contem- |M)rains célèlires, nos suiipressious n’auraient pas opéré une réduction bien notable, et il nous a jwrn qu’il valait mieux être complet et satisfaire toutes les curiosités, si diverses dans leurs goûts et dans le plaisir et le fruit qu’elles retirent des détails d'histoire biographique et littéraire.

Les raisons de l’ordre où nous avons rangé les ouvrages et opuscules de Schiller se comprennent d’elles- mêmes; celui que nous avons adopté pour les poèmes contenus dans le tome premier demande seid quelques mots d’explication. Nous n’avons pas voulu nous conformer à l’ordre chronologique, qui est celui des éditions allemandes de la maison Cotta, et en cela nous avons suivi l’e.xemple donné par Schiller lui-même dans le premier recueil qu’il a publié de ses poésies détachées (2 vol., 1800 et 1803). Il a placé les pièces de sa jeunesse, celles qui lui paraissaient les plus faibles, celles où sou goût, devenu, dans les dernières années de sa vie, si .sévère et si pur, trouvait le plus h reprendre, au milieu de son second volume, les faisant précéder et suivre, pour se rendre favorables la première et la dernière impression du lecteur, de ses chefs-d’ieuvre les jilus récents. Dans notre traduction, un artifice du même genre nous a paru ]dus nécessaire encore que dans cette première collection oflerle ù l’Allemagne par l'auteur lui-même. Eu passant dans une

PRÉFACK.

VU

autre lan^ie, le mauvais et 1 ’étranjje [>araii plus mauvais et plus étrange encore ; le rhythrae s’eflaee, et naturellemeiil les belles qualités du style, ses hardiesses heureuses, voilent et rachètent beaucoup moins que dans l’original le vice de la penwe. Ou a pu de)>uis (et pourtant a-t-on bien fait?) ranger les iKuisies d'après leur date dans les éditions allemandes. Schiller est assez connu, as.se/, aimé de ses compatriotes pour résister h cette épreuve d’une première impression fâcheuse : les uns sautent ces débuts hasardés et vont droit aux chefs-d’(Tuvre; d’autres, sans ]>arler do ceux qui de lui admirent tout, aiment h le suivre do degré en degré jusqu’au faite. Chez nous, comme nous l’avons dit, beaucoup ne connaissent encore quo son nom, que les titres de ses principaux ouvrages. Plus d’un, rebuté, en lisant les poèmes, par ces premières débauches d’esprit, n’irait pas au delà. Voilà pourquoi nous avons voulu, comme il l’avait voulu lui-raéme, montrer d’abord le vrai Schiller, les œuvres qui font sa gloire, rejetant plus loin les premières ébauches qui, malgré les brillantes promesses dont elles abondent, ne sont pas faites pour ligurer à l’entrée et senàr de portique à l’édifice. Mieux vaudra les lire comme un supplément, avec les préventions fa voraldes qu'auront laissées les chefs-d’œuvre. Pour qu’on puisse toutefois comparer la traduction an texte, et rétablir la suite chronologique, nous avons placé à la fin du volume des Poésies tlélacliêu une table de concordance qui les range dans l’ordre des éditions allemandes.

Les Œuvres complètes, telles qu’on les publie en Allemagne, ne contiennent pas tout ce que Schiller a écrit, et il a ]>aru divers suppléments, de.slinés à combler les lacunes et parmi lesrjuels je ne signalerai que ceux qui ont pour éditeurs .VM. Boas et Hoffmeisier. Ces .suppléments contiennent des ojui.scules en prose et on vers, appartenant surtout à la première jeunesse de l’auteur, que celui-ci ou .son ami et son éditeur Krerner avaient rejetés de la collection des Œuvres; des variantes, de mérite et d’intérêt divers, relatives aux ouvrages compris dans cotte collection; et, ce qui me jiarait être la partie la plus im|>ortante de ces supplémcnt.s, les remaniements, faits pour le théâtre, de quelques-uns des premiers drames, des lirigands, de Fiesgue et de don Carlos. Nous avons extrait de ces recueils complémentaires et traduit, soit dans des appendices, soit dans des notes placées au bas des pages, ce qui nous a paru ou le plus remarquable

PRÉFACE

en soi et absolument, ou le plus propre à caractériser notre auteur à ses diverses é[K)ques de culture et de progrès et dans les transformations successives de son talent. De tous nos a|)|>endices, le jilus considérable est celui qui termine le volume des poésies détachées ; il renferme, sans parler de deux ou trois petits poèmes qu’on peut s'étonner de no pas voir figurer dans les Œuvres, les premiers essais lyriques de Schiller et la plupart des épigrammes qu’il avait exclues du Recueil de ses poésies : c’est surtout à titre de curiosités littéraires et pour que notre traduction soit complète que nous avons compris ces deux sortes d’opuscules dans notre publication. Les essais qu’on peut appeler, malgré la violence et la présomptueuse assurance du ton, les premiers bégayements de sa muse, montreront combien, de la jeunesse à la maturité, le goût peut changer, se former, se redresser : ne nous bâtons pas trop de désespérer de qui d’abord n’obéit pas au frein ; mais, d’un autre côté, ne concluons pas des excès, de l’enflure , du gigantesque, au talent et au génie futur. Pour un qui échappe à ces tempêtes intérieures, il y en a cent dont l’intelligence et la verve s’y noient. Parmi les épigrammes, il y en a de très-jolies, de très-linement aiguisées, et l’on trouvera, je crois, que l’auteur a été plus que sévère dans le triage qu’il a fait pour ses œuvres ; mais par un bon nombre anssi l’on verra combien ce qu’on appelle les pointes, et cette sorte d’esprit qui lés aiguise, peut différer d’une contrée â une antre , d’une langue h une autre ; combien ce genre d’agrément, qui souvent est tout â la surface, résiste mal à la traduction. Çt que do fois, même si celle-ci était fidèle et parfaite, ce qu’on trouve au delà du Rhin ou de la Manche charmant, piquant, blessant, ne pourrait-il point paraître en deçà (et réciproquement) fade, émoussé, inoffensif!

La traduction du théâtre do Schiller est tout entière de moi; pour les autres ouvrages, j’ai eu des collaborateurs. Les poésies ont été traduites, en [larlie par M. Gattaut, professeur au lycée d’Amiens, en prlie ]>ar M. Sanejouaud, professeur à Sainte-Barbe; quelques morceaux j>ar d’habiles et modestes auxiliaires qui ont désiré n’être pas nommés; le reste par moi. M. Jac(iues Porchat, de Ijausanne, auteur de la Traduction de Ooellie qui parait en même temps que notre Schiller et en forme le pendant, s’est chargé des deu.x grands ouvrages histonques, la liccotic des Pays-Bus et la

PUÉt'AC.K.

Guerre de Ireiile ans, et on outre du Visionnaire; M. Corrard, professeur de rhétorique au collège Hollin, de tous les ouvrages d’esthétique, c'est-ù dire d’une grande partie du tome XI et de tout le tome XII de l’édition de C*otta (T’fwc/icuausÿHic), à l’exception des Lellres sur l’éducation esthétique de l'honune, qui ont été mises en français par M. Louis Prévost, ex-professeur suppléant à la Faculté des lettres de Toulouse, lequel a de plus traduit toute la Correspondance, les UUres philosophiques de Jules et de Haphaél, la thèse jtir la Connexion de la nature aninude et de la nature spirituelle de ihomme, et, pour ne rien omettre, les deux Préfaces des Chevaliers de Malle et des Causes célèbres. La version des Lettres sur don Carlos, insérée dans le théâtre à la suite du drame de ce nom, est de M. de Suckau, professeur de logique au lycée de Toulouse ; celle de deux des dissertations historiques : 1° Sur les migrations des peuples , les croisades el le moyen âge, et 2° Coup d'œil sur l'étal de l'Europe au temps de la première croisade, a pour auteur M. Sanejouand, que j’ai déjà nommé ; enlin, celle de l’Homme devenu criminel pour avoir perdu l'honneur, et du morceau sur le Théâtre considéré comme institution morale , est l’œuvre de mon fils aîné. Les opuscules, soit historiques, soit littéraires, qui ne sont pas compris dans cette énumération, ont été traduits par moi.

Parmi ces noms que je viens d’écrire, il en est un qui m’inspire de douloureux regrets. C’est celui d'un jeune professeur qui donnait les plus belles espérances, de M. Sanejouand, uu des élèves les plus distingués du lycée Louis-le-Grand, qui a été enlevé à la fleur de l’âge, peu de temps apres qu’il avait commencé à nous seconder, dans notre entreprise, avec cette ardeur et cette bonne volonté aimable et dignement docile qu’il apportait à toutes choses. Sa modestie égalait son mérite. Il suffisait de le voir pour l’aimer, de le pratiquer quelques jours pour l’estimer et lui donner sa confiance. Parmi les jeunes gens que j’ai counus, qui ont été ou mes élèves ou mes amis, il est un de ceux qui m’ont laissé le plus cher souvenir, et je ne puis revoir son travail, corriger les épreuves en ayant sous les yeux son manu.scril, les dernières pages peut-être qu’il ait écrites, sans ressentir une profonde impres.sion de triste.sse, douce à la fois et amère, selon que je pense à lui ou à sa mort si inattendue et si prématurée.

PRÉFACE

J’aurais souhaité que les noms do ceux qui ont bien voulu s’associer à moi dans cette lonpie lüclie, accompagnasseDt le mien sur le titre, et j’ai eu qtielque peine à me rendre au désir de MM. les' éditeurs , qui ont tenu à ce que toute la traduction de Schiller fût signée d’un seul nom. Us ont voulu constater par Ih l’unité de direction et de méthode. Cette unité existe en ellet. Mes collaborateurs, dont plus d’un avait déjà fait ses preuves dans des travaux du môme genre, ou offrait d’ailleurs toutes les garanties désirables, m'ont honoré d’une marque de couliance dont je les remercie tous sincèrement ici : en me remettant leurs manua-rits, ils m’ont donné leurs pleins jwuvoirs et m’ont permis d’y faire tous les changements qui me paraîtraient utiles. Ces pleins pouvoirs, j’en ai usé librement, pour qu’il y eût dans les diverses parties de notre œuvre autant d’accord et d’harmonie que faire se pouvait : j’ai modifié ici plus, Ilk moins, quant au fond ou quant à la forme, l’interprétation de mes associés et auxiliaires, selon qu’elle m’a paru plus achevée, disons mieux, selon que leur méthode était plus conforme h la mienne. Outre la responsabilité entière des parties que j’ai traduites seul, j’en ai donc une grande au.ssi dans tout le reste, et j’ai cru devoir le dire ici, d’abord afin que l’on sache que rien n’a été négligé pour que le monument que nous voulions élever & Schiller dans notre langue fût digne de lui, puis afin que mes coUaborateurs, qui pourraient çà et là, dans les endroits où je me suis permis des changements, n’être pas entièrement d’accord avec moi sur la manière soit d’entendre, soit do rendre, n’aient à répondre qu’autant qu’il est juste et qu’ils le voudront, de ce qui n’est pas uniquement leur œuvre.

Je ne m’arrêterai pas longuement ici à exposer quelle a été la méthode de traduction sur laquelle nous nons sommes entendus entre nous et qui m’a guidé dans mon travail de révision. Deux mots suffiront à définir notre système. Nous nous sommes fait un devoir, quant au fond, et, ce qui est presque aussi important, au moins dans les parties poétiques, quant à la forme, do la fidélité la plus scrupuleuse, et nous nous sonames efforcés de donner h notre copie toute l’exactitude qui se peut concilier, d’une part, avec la clarté et, de l’autre, avec le génie de notre langue et ses sévères exigences. Il résulte de là que .Schiller ayant ou, de ses premières œuvres à ses dernières, des manières fort diverses, notre traduction doit être, comme l’est

PRÉFACE

l’original même, très-iut'gale. 11 nous a été beaucoup plus agréable d’essayer de lutter avec notre auteur âu temps de sa maturité et dans les parties les plus pures et les plus achevées ; mais nous avons dû tâcher de le suivre aussi, au début, dans ses violences de pensée et de style, ses témérités, sa déclamation. Notre langue se prêtant moins h l’étrange, aux excès de tout genre, notre fidélité môme nous rend ici parfois, malgié nous, inlidtlcs, quelque mesure que nous ayons voulu garder, parce que le français, lors même qu’on tente de diminuer le relief, fait ressortir davantage ce qui est choquant, enflé, exagéré en quelque genre ([ue ce soit. Qu’on n'attribue donc à Schiller qu’avec certaines restrictions, les taches, les tons faux et criants qui peuvent blesser le lecteur français dans quelques-unes do ses premières protluctions. Il y a tel état de l’atmosphère et du ciel, tel milieu de lumière qui rend l’œil plus facile à éblouir, plus sonsilde aux couleurs trop éclatantes ; notre langue produit un effet semblable. Vues â travers sa limpide netteté, certaines licences de conception et de forme, certaines espèces de mauvais goût déplaisent davantage aux regards de l’esprit. C’est Ih une belle qualité de notre idiome, mais, le dirai-jeT peut-être aussi, h certains égards, une imperfection. Un frein puissant empêche sans doute les écarts, mais ne risque-t-il pas, s’il n’est manié par une main très-habile, de réprimer plus qu’il ne faut l’élan et la vigueur? '•

Malgré cette inexactitude inhérente Ji la fidélité pour qui traduit en français, nous nous sommes tenus, dans les poésies lyriques plus qu’ailleurs encore, aussi prèsde notre texte qu’il nous a été possible. Dans ce genre, la construction, les images, les figures de tours et de mots, toutes les hardiesses de style, sont fré«|uemment le fond à la fois et la forme de la penst'‘e et du sentimeut. Les effacer, y substituer des équivalents, c’e.st bien souvent transformer une belle strophe en banale jilatitude, éteindre l’inspiration, < changer le vol de l’aigle, comme dit quelque part Schiller, en rampement de limace. » Ce vol, selon les époques diverses de notre poète, tantût s’élève aux plus sereines hauteurs, tantôt se perd dans d’épais nuages. Qu’importe ? l’interprète doit moins craindre ici l’insolite et l’étrange que l’insignifiance, qui, dans un bon nombre de morceaux, serait la suite inévitable de la timidité de la version et la pire manière de dénaturer l’original, celle as.surément que l’auteur, si l’on pouvait pren-

PRÉFACE

dre son avis, condamnerait le pins dans son traducteur. Qu’on veuille bien nous pardonner pour ce motif, surtout dans les poèmes de l'adolescence et de la jeunesse, dans les fougueux liommages i» Laure, par exemple, et dans quelques-uns des essais que contient l'appendice du tome I", certains emplois de mots qui peuvent étonner, des tours dont on ne s’aviserait |>as si l’on écrivait en français, et particulièrement des inversions trop libres, trop fréquentes. Le mieux serait sans doute de repenser eu français tout ce qu’on traduit, je veux dire d’amener l’idée, le sentiment, l'imago à la forme qu’ils auraient s’ils avaient pris naissance dans notre idiome, dans un esprit pensant en français, mais cela est simplement impossible. Les langues, selon leur diversité de nature, placent les esprits sur des jventes diverses, et il y a telle conception, telle alliance d'idées, tel mouvement de pcnsr'c, naturels et légitimes dans l’une, dont jamais vous n’aurez dans une autre l’inspiration ou la tentation.

A propos des poésies, je dois signaler un genre de difficultés trèspropres à arrêter le lecteur malgré la peine qu’a pu se donner le traducteur pour les amoindrir. Ce sont les idées abstraites exprimées dans les poèmes philosophiques, et (]ui , sous l'éclat du stylo et la pompe des images, restent jvarfois insaisissables h qui ne connaît point la philosophie de Schiller et les modifications par lesquelles elle a passé. Le seul moyen de lever le voile et do voir clair dans ces jirofondeurs, de comprendre ces compositions dont nous n’.ivons pas, que je sache, d’exemples dans notre langue, c’est d’étudier les opuscules philosophiques de notre auteur. Chez lui, je l’ai déjà fait entendre, tout se tient : les parties de son œuvre s’éclairent réciproquement ; des pièces dont l'édifice se compose, l'une conduit à l’autre, l’une |»rend jour sur l’autre.

Dans les ouvrages en prose, d’histoire et de philosophie, l’exposition des faits, d'une part, et, de l’autre, les idées, la suite des idées, le raisonnement, sont le princi|ial, et ces écrits garderaient, eu grande jiarlic, leur intérêt et leur valeur dans une traduction, même .«ans ce respect scrupuleux du style et de .«es nuances qui est do rigueur dans la version des poésies. Il jieut même arriver de temps en temps, surtout dans les traités philosoiihiques, qu’il .«oit bien difficile, pour ne pas dire impossible, de concilier la clarté avec la minutieuse fidélité , qu’on soit obligé de subordonner celle-ci à celle-là,

PRÉFACE

et de manier avec un peu plus de liberté les termes et les tours; maisnous ii’avuns pas oublié que partout, quel que puisse être le mérite de Schiller comme historien et comme peuseur, il demeure toujours et avant tout peut-être , dans les productions de sa maturité et dès le milieu dr sa carrière littéraire, brillaut écrivain ; qu’il est, en tout sujet, orateur ou poète et souvent l'un et l’autre; que, là même où la raison ^muverne, l’imagination tout au moins règne , et que nulle part chez lui la forme n’est chose assez accessoire ou indifl'érente pour que l’interprète n’en doive pas tenir très-grand compte et la reproduire avec tout le soin et l’attention dont il est capable.

En tête de notre traduction, nous avons placé un récit détaillé de la vie de Schiller et une appréciation de .ses œuvres. La difficulté que pouvait offrir la composition de cette biographie n’était jioint celle que présente la vio de tant de grands auteurs de l’antiquité ; la rareté des documents, l'ignorance des faits ; c’était plutôt l’abondance des matériaux, la nécessité de se borner et de choisir. Le nombre des ouvrages relatifs h Schiller qui ont été publiés en Allemagne est trèsconsidérable, et CO n’est point une petite tâche de se les procurer tous et de les lire. Outre les biographies proprement dites, dont quelques-unes sont très-dévcloppées, nos voisins ont écrit sur leur grand poète une quantité d’opuscules, traitant, les uns, de telle ou telle circonstance de sa vie , les autres, de tel ou tel aspect de son génie, de tel ou tel moment de sa carrière, de sa culture, de sa fécondité littéraire. Joignez à cela les commentaires, explications, appréciations; les suppléments aux œuvres avec des notices historiques sur chacune d’elles, des discussions de dates quand il y a lieu, etc. EnGn les Allemands ont appliqué à tout ce qui le concerne cette curiosité infatigable, cette ardeur de recberches approfondies qui les distingue en toute chose; il n’est point d’hommages que ne lui aient rendus l’enthousiasme à la fuis et l’érudition, choses qui, au delà du Rhin, se concilient mieux que partout ailleurs. Au milieu de cette richesse de documents, l’embarras, je le répète, était de choisir et d'élaguer. Dans l’histoire d’un grand écrivain qu’on admire et qu’on aime, tout ]>arait intéressant. L’on se décide avec peine à rien retrancher ou taire de la vie soit extérieure soit intérieure, qui souvent exercent l’uue sur l’autre, .surtout chez le poète lyrique, une si grande influence ; et ce ne sont pas toujours les faits les plus importants, eu

PRÉFACE

apparence, par eux-m^mes, qui l’ont le plus par leurs effets. Il peut y avoir tel petit détail, qu'on est tenté d’omettre, qui éclaire certaines nuances de l’esprit, révèle certain instinct .poétique, marque le vrai point de vue où il se faut placer pour bien juger un ouvrage. Je devais naturellement me renfermer dans des limites plus étroites que les biographes allemands qui racontaient la vie de Sc-biller h ses compatriotes ; j’ai tâché do garder un juste milieu entre le tro]> et le trop peu, mais je n’o.so pas espérer pour cela qu’on ne me juge ni trop long ni trop court : je sais combien il est raro de mériter un tel éloge, et surtout, ]X)ur pou qu’on s’étende, d'intéresser assez pour ne [MIS paraître trop long.

.le n’avais aucun moyen de compléter ou de contrôler. moi-mémo, autrement que ])ar la lecture des Q'luvres et do la Correspondance., les recherches et le récit des narrateurs allemands. Schiller n’est jamais sorti do l’Allemagne et n’y a même habité on visité que fort pou d’endroits ; ses historiens ont pu puiser ù toutes les sources da renseignements, et n’ont rien négligé pour arriver en tout point à la plus exacte certitude. U est un seul fait, appuyé sur des documents qui se trouvent h Paris, je veux dire l’histoire du brevet de citoyen français, au sujet duquel j’ai pu ajouter qtielques grains, recueillis par moi-même, h leur monceau d’informations. si diligemment amassées.

J’ai indiqué dans la biographie même et dans les noies qui l’accompagnent, un certain nombre des ouvrages que j’ai lus ou consultés et comparés. Mes deux guides princi])aux ont été MM. Palleske et Hofimeister. Je regrette vivement que, de la Vie deSchiller publiée tout récemment par le premier, je n’aie pu employer pour mon travail que le tome I"; le tome II n’est arrivé ù Paris que pendant l’impression de ma notice, et je n’ai pu en faire usage qtie pour quelques additions et améliorations introduites çà et là. C’est un litre écrit avec amour et enthousiasme, où, ce qui paraît difficile, l’admiration la plusexalté-e s’allie aux ])lus clairvoyantes recherches; jamais historien ne s’intéressa plus ardemment à son sujet ; l’auteur a voulu tout voir, tout savoir par lui-méme, et, quoi(ju’il vienne le dernier, toutes ses informations sont de jiremière main ; .sur bien des points il a complété ou rectifié le récit de ceux qtii l’ont jtrécédé. L’ouvrage de M. Hoffmeister est d’un ton plus égal et plus tempéré, quoique

l'RÉFACE.

tout pénétré aussi d'une vive admiration ; on serait malvenu de i>ar- 1er de Schiller à l’AllemaRiie sans honorer sa gloire d'une sorte de culte. Il a surtout écrit l’histüire de son esprit, caractérisé toutes ses œuvres, les plus grandes et les moindres, et suivi à tous scs degrés, par une subtile et curieuse analyse, à laquelle aucune nuance n'échappe et pour qui la psychologie et l’esthétique allemandes n’ont point de mystères, le développement successif de son génie. Il fait la part de la nature et de l'art, et nous montre comment le torrent peu h peu se transforme en fleuve profond, limpide, majestueux. Parmi les biographies plus courtes, il en est une que j’ai connue trop tard, c’est celle de M. Charles Gocdeke, résumé substantiel, œuvre d’un esprit original, ferme h la fois et iugimieux. J’ai eu l’occasion de citer le rapide abrégé de M. Scliefier, net, élégant, facile, et attachant malgré sa brièveté. Les suppléments aux Œuvres les plus complets dont j’aie pu me .servir sont ceux de MM. Boas et Hoffraeister, dont j’ai déjà parlé plus haut, et qui, en bien des points, sont presque identiques. La commodité de ces collections ne m’a pas empêché d’apprécier, comme elles le méritent, les publications partielles, comme celles de M. Dœring, par exemple, qui les ont pi-éparées. Entre les commentaires, je nommerai particulièrement celui que M. ViehofT a consacré aux poésies détachées. Enfin, je mentionnerai, dans ud autre genre, un recueil fort intéressant composé par M. Diezmann, et qui forme comme une histoire de Schiller racontée par lui-méme, c’est-à-dire qui contient tout ce qui, dans ses écrits, est relatif à sa personne, à sa vie, à ses sentiments, à ses principes : il serait désirable que nous eussions sur tous les hommes vraiment dignes d’être connus, qui se sont ]ieints dans leurs œuvres, des mémoires du même genre.

Si, pour les faits, j’ai puisé consciencieusement à toutes les sources dignes de foi pour les appréciations littéraires, qui occupent une assez grande place dans ma Vie t/e Schiller, yni tenu sans doute h savoir l’opinion des critiques éminents d’outre-Rhin , mais en même temps je crois avoir gardé la plus libre indéjwndauce. Il va sans dire

1. S’il est quelques travaux importants que je n’aie point cités, c’est que je n’aurai pu tes connaître ou me les procurer, et leurs auteurs, consiitérant que J’écris en France, voudront Itien me panlonncr ces omi.ssions involontaires.

PRÉFACE

que nos voisins sont , à certains l'ffards, plus compétents que nous pour juger leurs grands auteurs, et en particulier Schiller, le plus allemand de tons, comme je l'ai dit; mais, d’un autre côté, un juge étranger, qui ne prononce qu’après une sérieuse étude et en connaissance de cause, peut espérer de rester plus dégagé de toute admiration précoiu'uo, do toute prévention jwrtiale. Le point de vue de la critique change d’un pa)'s Ji un autre, comme d’un temps à un autre temps. Ces gloires-là seules deviennent , de nationales, universelles, celles-là seules pa.ssent d’un Age à tous les Ages, qui résistent à ces épreuves des temjjs et des lieux ; et tichiller, dans ses productions les plus belles et les plus pures, dans les chefs-d’œuvre qui sont sa vraie courouue, n’a point à les redouter.

Page 1