LES GRANDS PHILOSOPHES
Le principe par lequel toute chose a reçu la consistance et la forme , le clou auquel Jupiter a prudemment suspendu l’anneau de ce monde, qui autrement s’en irait en éclats ; je proclame un grand esprit, celui qui me découvrira, sans que je l’y aide, »
comment il se nomme,... Il se nomme : < Dix n’est pas douze. >
La neige refroidit , le feu brûle , l’homme marche sur deux pieds, le soleil brille au lirmainent: c’est ce que chacun, même sans connaître la logique , peut savoir par ses sens. Mais celui qui étudie la métaphysique, celui-là sait que qui brûle ne gèle pas; il sait que l’humide mouille , et que le lumineux éclaire*.
Homère chante son épopée , le héros alfronte des dangers , l’honnête homme fait son devoir, et l’a fait, je ne le cache pas, avant qu’il y eût des philosophes; mais si le génie et le cœur ont accompli ce que jamais Locke ni Descaries n’eu.ssent pensé, ils viennent eux, tout aussitôt, en démontrer la possibilité.
Inséré (l’abord dans les Heures de 1795, sous cc litre : «les actes des philosophes. »
2. Dans une lettre du IG octobre 1795, Schiller dit à Goethe au sujet de cette .satire, que M. Hoffmeister croit dirigée, ainsi que la précédente, contre Fichte surtout : « J'ai voulu dans cette pièce m’égayer sur la thèse de la contradiction : la philosophie me paraît toujours risible quand, de son autorité privée, sans reconnaître la dépendance oCt elle est de l'expérience, elle veut étendre le savoir et donner des lois au monde. »
342 POÉSIES UÉTACUÉES.
Dans la vie, le droit du plus fort prévaut; l’homme hardi brave le faible ; qui ne peut commander est esclave : ainsi tout va passablement mal, sur cette scène terrestre. Mais comme tout irait bien mieux, si l’on refaisait d’un bout à l’autre le plan du monde ! c’est ce qu’on peut apprendre en détail dans les systèmes de morale.
« L’homme a besoin de l’homme pour atteindre à son grand but; il n’agit avec effet que dans renscinble; beaucoup de gouttes forment la mer, beaucoup d’eau pousse le moulin, ï’uyez donc la condition des loups sauvages , et nouez le lien durable de l’État. » L’est ce qu’enseignent du haut de leurs chaires M.M. Puffendorf et Feder.
Mais, comme ce que dit un professeur ne pénètre pas sur-lechamp dans les oreilles de tous, la nature accomplit son devoir de mère , et prend soin que la chaîne jamais ne rompe et que jamais le cerceau n'éclate. En attendant que la philosophie suffise à maintenir l’édifice du monde, elle conserve, elle, la machine, par la faim et par l’amour.