‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 169 sur 311 · A UNE JEUNE AMIE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE AMIE

suit SON AlllüM*.

Le monde, amie, folAtre autour de toi comme un enfant dans sa fleur, autour de qui bondissent les GrAces et les Ris; mais le inonde n’est pas tel qu’il se peint dans ton cœur, et qu’il se reflète dans le beau miroir de ton Ame. Les paisibles hommages que t’a conquis la noblesse de ton cœur, les miracles que tu as accomplis toi-mème, les charmes que ta présence communique à la vie, lu les lui attribues comme ses charmes à elle; A nous, comme les vertus de notre humanité. L’aimable enchantement d’une pure jeunesse, le talisman de l’innocence eide la vertu.... je voudrais voir qui les pourrait braver!

Tu vas t’enivrant, toute joyeuse, à faire et refaire le doux compte des fleurs qui émaillent tes voies, des heureux que lu as faits, des Ames que tu as gagnées. Sois heureuse dans ton aimable illusion ! (lue jamais un triste réveil ne te précipite des hauteurs où s’envolent tes rêves présomptueux. Qu’il en soit de ces fleurs dont tu parcs la vie comme de celles qui ornent ton parterre ; ne les plante.... que pour les voir de loin ! contempleles , mais ne les cueille pas ! Créées seulement pour le plaisir

1. On a supposé que celte pièce, qui est de 1788, s’.ndressait é Charlotte de Lcngetcld, que Schiller épousa deux ans après, et qu’il la lui avait remise au moment où elle revenait d’une visite é la cour de Weimar. — Voyez plus haut,

1 ie de Schiller, p. 76.

Page 1