DE WURTEMBERG
(Chanson de guerre'.)
Holà! vous autres, de par le monde, ne leveï pas le nez si haut! Le pays de Souabe a produit, lui aussi, plus d’un homme, plus d’un héros, bon dans la paix, fort dans la guerre!
Vantez- nous votre Charles, votre Édouard, et Frédéric, et Louis! Pour nous, Charles, Frédéric, Louis, Édouard, il les vaut tous, le comte Éberhard, vraie tempête dans les combats.
Son tils aussi, son fils Ulrich, se plaisait où résonnait le fer. Le fils du comte, son Ulrich, ne reculait pas d’une semelle, quand de cà, de là, volaient les horions.
Les gens de Heutlingen, jaloux de notre éclat, amassaient bile et venin. Convoitant la palme de la victoire, ils risquèrent mainte fois la danse des glaives, et se ceignirent les reins....
Ulrich les attaqua.... mais il ne vainquit pas, et revint étrillé au logis. Ijc père fait la grimace : le jeune guerrier fuit la lumière, et des larmes jaillis.sent de ses yeux.
1. Schiller a iQs6ré cette pièce, dans le Recueil de ses poésies, telle qu’elle avait paru d’abord dans V Anthologie t et sans y faire aucun changement. — J’ai traduit Eberhard der Greiner par • Éberhard le Larmoyeur, » pour me conformer à l’usage qui s’est introduit de désigner par ce nom l’un des deux beaux tableaux que celte ballade a inspirés It Ary Scheiïer; mais U serait peutêtre plus exact de rendre l'épithète der Greiner par • le Oucrelleur a ou « le Grondeur, a ou encore, avec l’.4rt de rérifier les dates, par « le Hutin. a
POÉSIES DÉTACHÉES
Ce chagrin le ronget... « Ah! coquins, attendez! » et il mûrit son projet dans sa tiHe. Par la barbe de son père, il jure de réparer cette brèche avec les toupets de maint citadin.
Bientôt la guerre éclata : hommes, chevaux, en grande foule, volent à Dœftingen. Un jour nouveau se lève pour notre jeune gars; hourra! l’affaire fut chaude.
Le mol d’ordre de notre armée, ce fut la bataille perdue : cela nous entraîna comme un ouragan, et nous précipita à fond dans le sang, le carnage et la nuit des lances.
liC jeune comte, avec la rage d’un lion, brandit en héros son béton de commandant : devant Uii la fureur vole iinpétueu.se; derrière lui, les pleurs, les hurlements; autour de lui est la tombe.
Mais, malheur! oh! malheur! un coup de sabre tomba lourdement sur sa nuque. Autour de lui se pressent les héros. A’ainement! vainement! son regard demeure glacé , s’éteint et meurt.
I.a consternation arrête l’élan de la victoire : ennemis et amis, tous pleurent et sanglotent.... Le comte, à haute voix, commande à ses cavaliers ; « Mon lils est un homme comme un autre! Marche! enfants, à l’ennemi! »
Et les lances volent et sifflent avec plus de fureur ; la vengeance les aiguillonne tous; par-dessus les cadavres on s’élance. liCs citadins courent en tous sens, à travers bois, monts et vallées.
Joyeux , nous regagnons notre camp , au son des cors ; femmes et enfants, dans les rondes, les valses, au clioc des verres, fêtent notre succès.
Mais notre comte, que fait-il maintenant? Devant lui git son
r,E COMTE ÉBERHAni) LE LARMOYEUR. 471
fils mort. Lecomte est assis seul dans sa tente ; une larme brille dans son œil fixé sur son fils.
Voilà pourquoi nous .sommes dévoués, avec tant d’ardeur, tant de foi, à notre comte, à notre seigneur. A lui seul il vaut un essaim de héros. Le tonnerre gronde dans ses mains; il est l’étoile du pays.
Aussi, vous autres, de par le monde, ne levez pas le nez si haut! Le pays deSouabe a produit, lui aussi, plus d’un homme, plus d’un héros, bon dans la paix, fort dans la guerre.
SÉMÉLÉ