‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 215 sur 311 · JUNO · texte numérisé non relu

JUNO

Ah ! parle-t-on d'autre chose, de Sidon à Athènes? Sémélé! Des dieux, oui , des dieux descendront du ciel , des dieux plieront le genou devant toi; les mortels, dans un humble silence, se courberont devant la fiancée du vainqueur des géants, et tremblant, à distance....

SÉMÉLÉ , s'élançant vivement , et se Jetant à son cou.

Béroé !

JUNON

Un marbre éclatant l’annoncera aux siècles futurs , et dira au monde en ses vieux jours : • Ici l’on adora Sémélé! Sémélé, la plus belle des femmes, qui attira du haut de l’Olympe dans la poussière d’ici-bas le maître du tonnerre et l’enchaîna à ses baisers. • Et, sur les ailes mille fois bruyantes de la Renommée, ta gloire retentira d’une mer à l’autre, résonnera du haut des collines....

SÉMÉLÉ , hors d'elle.

Pythie! Apollon!... Si seulement il paraissait!

JUNON

Et ils t’honoreront comme une déesse sur les autels fumants.

SÉMÉLÉ , transportée.

Et je les exaucerai ! J’apaiserai son courroux par mes prières, j’éteindrai sa foudre dans mes pleurs ! Je veux les rendre heureux, tous heureux!

JUNON , à part.

Pauvre créature ! c'est ce que tu ne feras jamais.... {flépéchissant.) Peu s’en faut qu’attendrie.... mais.... me dire laide!... Non! loin de moi, au Tartare, la pitié! (A Sémélé.) Seulement, chère fille, fuis, hâte-toi, que Jupiter ne t’aperçoive pas! Laisse-le t’attendre longtemps, pour qu’il languisse plus ardemment après loi....

484 POÉSIES DÉTACHÉES

SÉMÉLÉ

Ik'roé , le ciel t’a choisie pour être sa voix ! Bienheureuse que je suis! Les dieux descendront de l’Olympe, les mortels plieront le genou devant moi dans un humble silence.... Laissemoi.... laisse-moi.... il faut que Je m'enfuie d’ici ! (Elle sori à la ha'ie. )

JUNON, il'tm Ion (le Iriomplie, la suivant du refiara.

Faible et orgueilleuse femme, facile à tromper! Que ses regards d’amour te soient un feu dévorant , ses baisers des caresses qui broient, son embrassement l’assaut de la tempête!.., I>es corps humains ne peuvent soutenir la présence de celui qui lance le tonnerre!... .\h! (dans un transport furieux) quand ce corps mortel, ce corps de cire , fondra dans les bras du dieu tout ruisselant de flammes, comme les flocons de neige à l’ardeur du soleil.... quand le paijure, au lieu de sa douce fiancée, dont les bras mollement étreignent, n’embrns.sera que ses propres terreurs.... avec quels transports je veux alors du Cithéron repaître mes yeux de cette vue, lui crier, d'un cri qui arrache de sa main la foudre tremblante : « Fi donc! n’embrasse pas si rudement , fils de Saturne ! » (Elle sort précipitamment. — Symphonie. )

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