‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 225 sur 311 · Anthologie · texte numérisé non relu

Anthologie

POÉSIES DÉTACHÉES

Est-ce ici la rive?... ici, dans ces caveaux, quVchoiient les flotles orgueilleuses de vos vœux? ici que se heurte le (lux de votre grandeur? Insensibles, à tout jamais, à la gloire, ici la Nuit enchaîne et lixe, avec ses bras noirs et allreux, les potentats. .

Sur la bière brille tristement l’ingrate splendeur de vos sceptres, de vos couronnes , fardeaux entourés de perles. Comme l’on dore bien la surface de la pourriture! mais ce cor])s pourtant, pour qui veillait le monde, n’est plus que le tribut des vers.

Les orgueilleuses plantes pour un si vil jardin! Voyez donc ! comme la mort impudente vilainement badine avec ces majestés fanées! Elles commandaient au Nord, au Levant, au Couchant, et les voilà qui endurent les jeux cyniques de l’odieux démon , et.... pas un sultan qui menace !

Debout donc , et d’un bond , opiniâtres muets ! Secouez ce sommeil plus lourd que dix quintaux. Du milieu du combat résonnent les timbales victorieuses. Écoutez donc comme les clairons retentissent! comme les fougueux vivat du peuple vous divinisent! Rois , éveillez-vous !

Nouveaux sept dormeurs! entendez donc les cors retentir avec fracas et les meutes aboyer! par mille tubes éclate le feu meurtrier de la chasse; les coursiers ardents hennissent emportés vers la forêt; le sanglier roule dans le sang les aiguillons de scs soies et.... la victoire est à vous !

Quoi?... Les princes aussi s«^ taisent? Un écho railleur me suit, neuf fois répété , sous les voûtes qui hurlftit.... .Mais écoutez donc le chambellan qui murmure : « .Madame par le don de ces clefs secrètes vous appelle.... dans son alcôve. »

Pas de réponse?... un sérieux silence!... ïornbe-t-il donc aussi sur les rois, le voile qui couvre les yeux du satellite? Et vous demandez qu’on adore vos cendres , parce que l’aveugle courtisane Fortune vous fourra jadis dans la poche un monde à gouverner?

Et vous avancez avec fracas , marionnettes géantes de Dieu, vous pavanant en groupes puérilement fiers, pareils au jongleur à l’Opéra?... Les démons de la plèbe claquent des mains à ce vain bruit; mais les anges de Dieu sifflent en pleurant l’auguste cabotin.

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APPENDICE

Jusque dans le domaine des muettes pensées, vos agents.... s’ils pouvaient franchir ces limites.... insinueraient leurs replis tortueux de serpents : apprenez donc que , pour découvrir vos pensées, à vous, il y a des yeux qui voient du haut du ciel, des yeux qui percent même les masques des pharisiens.

Vous imprimez , il est vrai , votre image sur des métaux menteurs ( fl de leur faux son! ), vous changez un vil cuivre en or pur, et vos juifs brocantent avec votre monnaie.... mais comme elle sonne tout autrement, au delli des limites du monde, là où oscille la balance de la justice!

Les sérails , les châteaux vous couvriront-ils alors, quand le terrible exacteur céleste réclamera les intérêts du grand talent? Vous payez la banqueroute de votre jeunesse avec des vœux , avec des actes de risible vertu, que.... Paillasse imagina!

Couvrez toujours votre auguste honte du nocturne manteau du droit de majesté! exercez vos infamies à l’abri du trône! mais tremblez à la voix du poète : le trait de la vengeance perce hardiment à travers la pourpre et glace le cœur des monarques.

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