J.E M0NUME.\T DE MOOK LE BRIGAND
C’est enfin consommé, ô bonheur! consommé, pécheur majestueux! Ton rôle formidable est accompli, grande âme tombée, auteur et tin de ta race, fils étrange du plus terrible caprice de la nature, sublime répudié de cette mère commune!
Splendide éclair par la nuit orageuse, soudain derrière lui les portes se referment! La gueule de la nuit avare le dévore! Les peuples tressaillent sous son éclat dévastateur! .Mais, û bonheur! c’est consommé, pécheur majestueux! Ton rôle formidable est accompli.
Pourris, tombe en poussière, bercé dans le berceau du vaste et libre ciel.... spectacle terrible pour tout pécheur!... là, en face du trône du Très-Haut, se dresse l’efTrayante barrière de l’amour effréné de la gloire! Vois! l’infamie te livre à l’éternité. C’est sur les épaules de l’infamie que tu montes aux a.stres de la gloire. Un jour, sous toi, l’infamie tombera aussi en poussière, et l’admiration t’atteindra.
Devant ton affreux sépulcre, les hommes passent, l’œil hu-
1. FMiblié dans ['Anthologie. C'esl le môme ton, la mômo décl.imalion que dans le drame des Hrigaruîs. L^nriginal, atis-st bien que la traduction, aurait besoin çà et \h d*un commentaire. « Le berceau du vaste ciel, » « la barrière de Tamaur de la gloire, > dt^ignent le gibet dressé en plein air; « le héraut de pierre, » c'est la pierre placée auprès de la potence et sur laquelle est gravée la cause du supplice.
POÉSIES DÉTACHÉES
miiie.... Réjouis-loi des larine.s dos hommes, esprit du condamné. Naguère, l’œil humide, devant ton affreux sépulcre, il passa une jeune lille; elle apprit du héraut de pierre l’effrayante nouvelle de tes faits, et la jeune lille.... réjouis-toi! réjouis-toi !... n’essuya point sa larme. Je regardais de loin.... je vis tomber la perle, et je lui criai ; « Amalie! «
Jeunes gens! jeunes gens! apprenez à jouer plus prudemment avec le trait céleste, mais dangereux, du génie! Le coursier du soleil mord opiniàti’ément son frein ; contenu par la bride du maître, il berce la terre et leciel, doucement balancés; mais il embrase d’un ardent incendie et le ciel et la terre , quand la main d’un enfant le guide, et dans les ruines périt l’étourdi Phaéton.
Enfant du génie céleste, cœur brûlant, avide de hauts faits, le monument de mon brigand te séduit-il? Il eut, comme toi, le cœur brûlant, avide de hauts faits; il fui, comme loi, l’enfant du génie céleste.... Mais tu souris et passes.... Ton regard vole à travers le vaste espace de riiistoire du monde, tu n’y trouves pas Moorle brigand.... Arrête-toi et ne souris pas, jeune homme! Son pc'ché vit.... sa honte vit : seul, le brigand Moor, qui les personnilie, ne vit pas.