‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 36 sur 311 · I-K COMBAT CONTRE CE DRAGON · texte numérisé non relu

I-K COMBAT CONTRE CE DRAGON

mon coursier arabe, bôle de noble origine, et, quand j’ai enllammé sa colère, je le lance rapidement sur le dragon , je l’aiguillonne de mes éperons tranchants, et je jette mes traits en visant comme si je voulais percer l’image.

« En vain le coursier, frissonnant, se cabre, grince les dents, et blanchit son frein d’écume; en vain mes dogues gémissent inquiets : je n’ai pas de rejjos qu’ils ne soient dressés. Je les exerce ainsi diligemment, jusqu’à ce que la lune trois fois se soit renouvelée , et , lorsqu’ils ont tout bien compris, je les amène ici sur de rapides navires. Il y a ce matin trois jours que j’ai eu le bonheur d’aborder ici; à peine accordai-je quelque repos à mes membres, avant de soutenir la grande épreuve.

« Car l'affliction nouvelle de la contrée émut violemment mon cœur : on venait de trouver déchirés des pâtres qui s’étaient égarés vers le marais. Je résolus d’agir sans délai, et ne pris conseil que de mon cœur. J’instruis à la hâte mes écuyers, je monte sur mon destrier éprouvé, et, suivi de mon noble couple de dogues , je m’élance par des chemins secrets, où mon action n’a pas de témoins, à la rencontre de l’ennemi.

t Vous connaissez. Seigneur, la petite église que le génie hardi de l’architecte éleva sur la haute cime d’un roc qui domine au loin l’ile. Elle parait méprisable, pauvre et humble, mais elle renferme une image miraculeuse ; la Vierge Mère avec l’Enfant Jésus, à qui les trois rois offrent leurs dons. Par trois fois trente degrés le pèlerin monte à ce sommet escarpé; mais, saisi de vertige, à peine l’a-t-il atteint, le voisinage de son Sau- .veur aussitôt le récrée.

« En bas , dans le roc sur lequel l’église est suspendue , est creusée une grotte, humide des vapeurs du marais voisin, et que n’éclairent jamais les rayons célestes. Là séjournait le reptile; là, nuit et jour étendu, il guettait sa proie. Ainsi, semblable au- dragon infernal, il faisait sentinelle au pied de la maison de Dieu. Et le pèlerin, au terme de sa course, s’enga-

çeait-il dans cette voie de malheur, l’ennemi s’élançait de sou embuscade , et l'emportait pour le dévorer.

« Avant de commencer la lutte périlleuse, je gravis le rocher, je m’agenouille devant l’Enfant Jésus et purifie mou cœur du ])éché. Puis, dans le sanctuaire, je revêts la brillante parure de mes armes; la lance défend ma droite, et je descends au combat. La troupe des écuyers demeure en arrière; je leur donne mes ordres en les quittant, m’élance vivement sur mon coursier, et recommande mon âme à Dieu.

« A.peine me vois-je sur un sol uni , que soudain mes dogues donnent de la voix, et mon cheval inquiet se met à souffler, et se cabre, et ne veut bouger; car, près de là, gft, ramassé en boule, le corps hideux de l’ennemi, qui s’expose au soleil sur la terre chaude. Les chiens alertes le font lever, mais ils se tournent, rapides comme la (lèche, quand il fend sa gueule béante, lance son haleine empoisonnée, et hurle d’une voix lugubre comme le chacal.

« Cependant, je ranime promptement leur courage; ils saisissent leur ennemi avec fureur, tandis que moi, d'un poing robuste, je lance ma javeline sur les flancs de la béte; mais, impuissante comme un mince roseau , elle rebondit sur l’armure d’écailles, et, avant que je redouble, mon cheval se cabre, effrayé par son regard de basilic, et jiar le souffle empesté de son haleine : il bondit en arrière avec horreur, et déjà c’en était fait de moi....

« A ce moment, je saute vivement de cheval , ma tranchant» épée est soudain hors du fourreau; mais tous mes coups sont perdus et ne peuvent percer cette cuirasse dure comme le roc. Transporté de rage , le monstre, de sa queue formidable, m’a terrassé; déjà je vois sa gueule béante, ses dents furieu.ses me menacent, quand mes chiens, enflammés de courroux, se jettent à son venfre et lui font d’horribles morsures : il s’arrête, hur^ lant, déchiré par d’atroces douleurs.

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