‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 41 sur 311 · LE CHANT DE LA CLOCHE · texte numérisé non relu

LE CHANT DE LA CLOCHE

à l’aide du feu, bieiilcit, dans la cage de la haute tour, rendra de nous un témoignage éclatant. Elle durera encore aux jours lointains, et frappera l'oreille de bien des hommes. Elle pleurera avec l’aftligé, et mêlera ses accents au chœur pieux des fidèles. Tout ce qu’ici-bas le sort inconstant apporte aux fils de la teri-e, va frapjH'c la couronne de métal, dont la voix édiliante le publie au loin.

Je vois jaillir des bulles blanches. Bien! les lingots sont en fusion. Qu’ils se pénètrent du sel que donne la cendre, il favorise et hâte la fonte. Il faut aussi que le mélange soit purgé de son écume, aün que le métal purilié rende un son pur et plein.

• Car U salue de > accents solennels de la joie l’enfant bien-aimé, à ses premiers pas dans la vie , qu’il commence aux bras du sommeil. Pour lui reposent encore dans le sein du temps les destins sombres ou sereins : les tendres soins de l’amour maternel veillent sur son matin doré.... Les années fuient aussi rapides que la flèche. L’adolescent se sépare fièrement de la jeune fille; il s’élance, fougueux, au dehors, dans la vie; parcourt le monde, le bdton de voyage à la main; puis rentre étranger au foyer paternel. Et charmante, dans l’éclat de la jeunesse , comme une ligure descendue des hauteurs célestes , la vierge est là devant ses yeux, les joues couvertes d’une chaste rougeur. Alors un ineffable désir saisit le cœur du jeune homme : il erre solitaire; des larmes jaillissent de ses yeux; il fuit les danses tumultueuses de ses frères; il suit en rougissant les traces de ses pas, et un salut d’elle le rend heureux. 11 cherctie dans les cliamps les plus belles fleurs pour parer ce qu’il aime. 0 fendre désir, douce espérance , âge d’or du premier aunour! l’œil voit le ciel ouvert, le cœur s’enivre au sein de la félicité. Oh! que ne fleurit-il à jamais, le beau temps du jeune amour!

Comme déjà brunissent les évents! Je plonge cette baguette dans le fourneau ; si nous la voyons reparaître vitrifiée, il est temps de couler. Maintenant, compagnons, alerte! essayez-

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POÉSIES DÉTACHÉES

moi le mélange; voyez, si le métal cassant s'unit au plus ductile, de manière à présager le succès.

Car oii s’allie le fort et le tendre, la fermeté et la douceur, là naît la bonne liarmonie. Que celui-là donc qui s'enchaîne pour toujours s’assure que les cœurs sont d’accord! L’illusion est courte, et long le repentir. La couronne virginale se joue avec grâce dans les boucles des liancées, quand les cloches sonoiœs de l’église appellent à la fête, brillante. Ah! la plus belle solennité de la vie met fin aussi au printemps de la vie. Avec la ceinture, avec le voile, se déchire la belle illusion. I>a passion fuit, l’amour doit rester; la fleur se fane, mais le fruit doit mûrir.

Il faut que l’homme s’élance au dehors dans ks luttes de la vie, qu’il travaille et s’efforce, qu’il plante et crée; qu’il gagne par la ruse, par la force; qu’il tente le sort et hasarde pour^ conquérir la fortune. Alors affluent les dons infinis : son grenier s’emplit de biens précieux, les espaces s’étendent, la maison s'élargit. Et au dedans règne la chaste ménagère, la mère des enfants : elle gouverne sagement dans le cercle domestique, elle instruit les filles, modère les garçons, occupe sans cesse ses mains diligentes, et multiplie le gain par l’esprit d’ordre. Elle emplit de trésors ses coffres odorants, tourne le lil autour du fuseau qui bourdonne , amasse dans son armoire propre et polie la laine éblouissante, le lin blanc comme la neige, joint à l’utile l’élégance et l’éclat, et jamais ne se repose.

Et le père, du sommet de sa maison, d’où la vue s’étend au loin, embrasse d’un regard joyeux sa fortune florissante. Il voit se dresser la charpente de ses vastes bâtiments ; il voit ses granges qui regorgent, ses greniers qui ploient sous l’abondante moisson , les vagues ondoyantes de ses blés ; et il se vante avec orgueil : • Solide comme les fondements de la terre , la splendeur de ma maison défie le pouvoir du malheur! » .Mais avec les puissances du destin on ne peut conclure nul pacte éternel , et l’adversité s’avance d’un pas rapide.

Bien ! L’on peut à présent commencer à couler; la cassure est dentelée à souhait. .Mais, avant de livrer passage au métal.

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