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Et elle fend doucement la nue qui la voile aux regards. Soudain, dans le cercle des barljares, elle apparaît, vision divine. Elle trouve la horde sauvage se livrant aux excès du festin de victoire, et, comme offrande, on lui apporte la coupe pleine de sang.
-Mais , tressaillant , elle se détourne avec horreur , et dit :
« Les mets sanglants des tigres ne souillent pas les lèvres d’un dieu. 11 veut des olfrandes pures, des fruits, présents de l’automne ; c’est avec les pieux dons des champs qu’on honore la divinité. »
Et elle prend le lourd javelot de la rude main du chasseur ; avec la hampe de l’arme meurtrière, elle sillonne le sable léger, détache au haut de sa couronne un grain plein de vigueur , le dépose dans le sol à peine ouvert, et le germe pousse et gonfle.
Et bientôt le sol se pare d’épis verdoyants, et, aussi loin que s’étend le regard , on voit onduler comme une forêt dorée. La déesse souriant , bénit la terre , tresse le lien de la première gerbe, se choisit pour a\itel la pierre des champs, et de sa bouche sort cette prière :
« Puissant Jupiter, toi qui règnes sur tous les dieux dans les hauteurs de l’Ether, si cette olTrando te plaît, fais le voir par un signe. Ce pi'Uple infortuné ne te nomme pas encore, roi suprême ; écarte de ses yeux le nuage, afin qu’il reconnaisse son dieu. »
Et Jupiter, sur son trône élevé, entend la prière de sa sœur : il tonne et des hauteurs sereines lance la foudre au triple dard. Une flamme pétillante s’allume, monte de l’autel en tourbillons, et au-dessus l’aigle rapide du dieu plane , décrivant de hauts cercles.
La foule émue se précipite, en joyeuse aftluence, aux pieds de la souveraine. Le premier sentiment de l'humanité pénètre ces Jmes grossières. Ils jettent loin d’eux les armes sanglantes,
sciiiuKR. — POÉSIES. n
POÉSIES DÉTACHÉES
ouvrent leur esprit fermt' <i la lumière, et reçoivent les divins préceptes de la bouche de leur reine.
Et se levant de leur trône, tous les immortels descender t sur la terre. Thémis conduit elle-même la céleste troupe : avec son sceptre équitable , elle mesure à chacun ses droits, pose de sa main la limite des champs, et prend à témoin les puissances invisibles du Styx.
Puis vient le dieu de la fournaise, le üls industrieux de Jupiter, habile à façonner les vases avec art, travaillant en maître l’airain et l'argile. 11 enseigne aux hommes l’art de manier les tenailles et d'animer le feu à l’aide du soufflet. Sous la contrainte de son marteau se forme la première charrue.
Minerve qui, avec sa lourde lance, domine tous les autres, fait retentir sa voix puissante et commande à la cohorte des dieux. Elle veut fonder de fortes murailles, pour offrir îi chacun une défense, un rempart, pour réunir par une intime alliance les hommes encore dispersés.
Et elle dirige ses pas majestueux à travers la vaste étendue des champs; sur ses traces marche le dieu des limites. Elle arpente le sol, et conduit la chaîne autour de la verte lisière de la colline; elle enferme jusqu’au lit du courant fougueux, dans l’enceinte sacrée.
Toutes les Nymphes, les Oréades qui suivent la légère Diane sur les sentiers de la montagne, en agitant leur épieu, toutes accourent, toutes mettent la main à l’oeuvre. L’air retentit de leurs joyeux accents, et sous les coups de leurs rognées la forêt de pins tombe avec fracas.
Du sein de ses vertes ondes monte aussi le dieu couronné de ro.seaux, et, docile à l’ordre souverain de la déesse, il pou.sse le lourd radeau vers le lieu désigné. Iaîs Heures, la robe retroussée, volent agiles au travail, et sous leurs mains les troncs grossiers s’arrondissent avec élégance.